jeudi 22 mars 2012

Jour de colère


Faire du rock, c'est facile. Je sais de quoi je parle, j'ai moi-même (maître du monde) joué dans plusieurs formations. Enfin, jouer, c'est un grand mot pour mon niveau, puisque je suis de l'école Sid Vicious : aucune formation musicale. Appris sur le tas, grâce aux copains qui montrent quelques plans, expliquent les bases, donne des conseils et des exercices pour travailler. Quel que soit l'instrument (de rock basique, je précise, guitare basse ou batterie voire claviers) que vous choisirez, après un peu d'entraînement et quelques semaines à se faire mal aux doigts aux bras et aux jambes, vous pourrez commencer à jouer (en petit). Oubliez de suite les solos de Jimmy Page ou de John Bonham, concentrez-vous sur l'essentiel : faire sonner le bouzin.

Parce qu'après tout, parmi mes groupes favoris, certains ne savent pas jouer : The Velvet Underground, Joy Division, Pavement, Sonic Youth... Le punk ne vient-il pas de là, en réaction à tous ces types qui font du rock progressif (souvent ampoulé, rempli d'arabesques complexes à reproduire), à ceux qui se lancent dans des solos interminables de blues-rock, à ceux qui groovaient pendant des heures sans se lasser ? Le punk dit non au formatage, non aux études (ou alors "non aux studieux"), c'est pas parce qu'on n'a aucune compétence qu'on a rien à dire. Le jazz aussi vient de là, la rue. Et des disques de ces deux genres ont changé la face du monde.

Il faut de la motivation, des gens qui acceptent de vous accompagner, et un peu d'investissement, ne serait-ce que pour le matériel et le local. Le local, c'est le Graal. Puis il faut trouver sa voie. Le volume, la langue, l'attitude, la mouvance, voire les fringues. Se définir et s'identifier par rapport aux autres losers qui essaient de faire du rock (mais d'une autre catégorie) dans le local adjacent.

C'est là que ça devient intéressant. Parce que pour arriver à sortir du local, jouer sa première scène (de préférence devant un bar un 21 juin), il faut réussir à s'harmoniser, à trouver son son, ce qui fait que le groupe est unique. Même quand il ne s'agit que de reprises copiées-collées, il faut faire passer une personnalité. Le passage obligé, c'est lorsqu'il y a cohésion. Quand ça s'emboîte, chaque protagoniste à sa place, faisant partie d'un tout. Une entité capricieuse dont chacun est responsable, précisément au même instant t. Quand ça sonne et que le rendu est plaisant... je ne peux que comparer ça à un orgasme multiple.

Ce sont les meilleurs moments, autant pour les joueurs que pour les spectateurs. Même si ça arrive pendant le refrain de (I Can't Get No) Satisfaction.

A l'inverse, enregistrer un disque en studio est un véritable crève-coeur. Séparés, attendant des heures pour régler les micros et les amplis, jouant seul, reprenant vingt fois le même passage, se mettre tout nu devant une console aussi froide et déterminée que le HAL de 2001 l'Odyssée de l'espace, le groupe doit se faire humble. Accepté d'être aspiré de sa substance pour en faire un produit, un bout de plastique reproductible à l'infini (mais pas autant parce que bon, ça coûte, un pressage), des fichiers qui tiennent sur une clé USB. C'est un peu traumatisant. D'ailleurs je ne connais pas de musicien qui écoute son disque pour le plaisir. L'accouchement est trop douloureux, ce n'est pas moi, ce n'est pas nous, ce n'est pas notre groupe, c'est le résultat créé par le mix et le master. Personnellement, je préfère réécouter les répètes.

Voilà de quoi il est question dans Dies Irae, le double live de Noir Désir capturé lors de la tournée marathon de Tostaky, de ces moments avant le studio. Et je sais de quoi je parle, j'y étais. Après ça, après ce sommet (la descente de Noir Désir commencera juste après), mes potes et moi n'avions qu'une envie : monter un groupe. Vous voulez de la personnalité, une identité, une cohésion, de la puissance, de la voix tonnante ou frémissante, de la rage, de la reprise copiée-collée meilleure que l'originale, allez-y, servez-vous. Et bonne chance pour le 21 juin, parce que dompter le rock, c'est bien plus difficile que d'en faire.

vendredi 16 mars 2012

L'agneau tombe sur Broadway


Ca a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'était normal, en même temps, je ne connaissais rien, excepté ce qui passait à la radio, ce qui avait du succès dans les cafés, les bus scolaires, les boums. Rick Astley, U2, Madonna, Kylie, I Love To Love, Bananarama... Mais j'aimais bien Phil Collins. Et surtout, j'avais vraiment accroché à Mama, ce titre oppressant de Genesis, avec le rire démoniaque au milieu. Un single bien étrange. Oh bien sûr, il n'eut pas sur moi le même impact que le clip de Ashes To Ashes de Bowie, mais il me plaisait. J'aimais la batterie sur ce morceau. Un ami m'a expliqué que le chanteur était aussi le batteur, et qu'avant, c'était Peter Gabriel le chanteur de Genesis, tu sais l'album So avec le batteur de Police sur un titre, et donc oui, passe-moi Foxtrot, je suis curieux de les connaître avant Solsbury Hill et In the air tonight.

Ce fut l'engrenage, plus rien ne fut comme avant. J'étais devenu accro. A Genesis, à son Supper's Ready, à ses voix cristallines, à ses moments de rage, à sa batterie imaginative, à ses envolées instrumentales, à ses histoires étranges. Chaque chanson est un conte ou un poème, une fable, et toutes sont pleines de forêts, de fontaines, de demis-dieux, d'escargots, de thé, de boîtes à musique, de géants... Ca changeait des voyous auto-proclamés qui arboraient leurs badges de AC/DC ou de Scorpions, tirant la tronche de circonstance. Des titres qui n'hésitaient pas à durer plus de quatre minutes, qui ne faisaient pas de couplets-refrains, qui se moquaient d'être dans un moule, tu parles que ça m'a changé.

Le rock progressif de Genesis collait bien avec les jeux de rôles et les romans que je lisais à ce moment-là, ils étaient la bande-son de nos parties, illustrant autant l'héroïc-fantasy que le fantastique ou l'horreur. Mais bizarrement, les autres groupes classés dans cette catégorie ne sont jamais rentrés dans mon panthéon personnel (à part Can, peut-être, ce n'est pas encore certain). Car j'entrais dans une nouvelle lubie.

A cause du dernier album fait à cinq têtes, The Lamb Lies Down On Broadway, Genesis m'a ouvert la voie vers le rock tout court, celui des Doors, des Smiths et de Faith No More, ce fut l'engrenage de l'engrenage, une avalanche inexorable : me voilà aussi maudit que tous les autres qui, un jour, se sont rendus compte qu'ils avaient besoin d'écouter des disques quotidiennement sous peine de tomber malade.

Première écoute de The Lamb : hou il est bien celui-là, il va tourner longtemps, ah ah c'est super ! Sauf que vingt ans après cette première écoute qui me laissa dubitatif mais enchanté, il tourne toujours, je n'en ai pas fait le tour, il ne ressemble toujours à aucun des autres disques du groupe : sombre et urbain, aux titres courts et expérimentaux, racontant une seule histoire au fil des vingt-trois morceaux, histoire que je n'ai jamais vraiment comprise, et débarrassant Gabriel de costumes de renard ou de fleur pour avoir enfin l'air normal, celui d'un voyou avec un badge de AC/DC. Certains passages sont résolument teigneux, guitares saturées devant et batterie soutenue, tout comme d'autres qui viendront sur les albums suivants (comme Eleventh Earl Of Mar ou Dance On A Volcano). Peut-être bien qu'elle est là, la genèse du métal progressif. D'ailleurs, joué intégralement en concert comme sur le Archive 67-75, il sonne encore mieux.

Mon prof d'histoire de l'époque nous expliqua que la Terminale portait extrêmement mal son nom. Elle ne termine rien, mais lance la vraie étude, l'entrée dans la vie en tant que personne réfléchie. Il en est de même avec The Lamb. Il apprend que tous les genres de musique valent le coup, quels que soient la durée, le rythme, la langue, les instruments utilisés. Tant qu'ils racontent des histoires avec conviction et qu'on se donne la peine de les écouter.

P.S. Merci à Louis-Ferdinand Céline pour le début de cette chronique.

jeudi 5 mai 2011

L'album blanc


D'habitude, je déteste la musique de mes parents. D'abord parce que c'est celle de mes parents, c'est un principe de vie : s'affranchir. Après avoir été traumatisé par des Paris-Andorre à écouter Famous Last Words de Supertramp et le Julien Clerc du moment en boucle dans la Simca 1000, je trouve ça tout à fait normal et totalement excusable. Et oui, j'ai toujours été snob. On ne devient pas snob, on naît snob.

Sauf que parfois, je ne peux m'empêcher de penser qu'ils avaient raison, y compris dans leur discothèque. J'ai donc écouté plus que de raison une compile de ballades des Beatles dans mes tendres années, quand je lisais les manuels des Castors Juniors. Mais on n'échappe pas à ce groupe absolument présent partout, dans tous les articles, toutes les références, tous les reportages INA, tous les cours d'histoire, tous les clins d'oeil, tels des publicités, des tampons, des fers rouges. Impossible de leur échapper, même mon arrière-grand-mère connaît les Beatles.

Je me suis contenté de leurs années rebelles, les boys band ne m'intéressent pas. Et tout en haut de leur oeuvre, je ne garderai réellement souvenir que de deux disques immenses et inusables : Abbey Road et ce The White Album, qui date de 1968.

Depuis, je me suis coltiné l'écoute de l'intégralité de leurs quatorze albums. J'ai zappé les Anthology mais j'ai aussi jeté une oreille sur Let it be... naked. Je dis quatorze, mais en fait, les quatre premiers sont remplis de filler tracks, ces chansons bouche-trous qui peuvent être soit des titres faibles soit des reprises de standards de Chuck Berry ou de la Motown. L'époque ne valait que pour les singles. Et puis Yellow Submarine et Magical Mistery Tour sont de faux albums, plutôt des EP. Tout ça pour bien faire le tour une fois pour toutes, pour être sûr, pour m'en débarrasser, pour confirmer ce que je pensais depuis plus de quinze ans : le Blanc et Abbey Road. Et à la rigueur, Revolver et Rubber Soul. Pas plus. Même si indéniablement il y a des titres magnifiques dans leurs débuts, tels que She Loves You, Ticket To Ride, I'm A Loser, Yesterday et j'en passe (de vrais prodiges, total respect man), les Beatles offrent leur raison d'être dans ces deux sommets.

La mutation commence avec Rubber Soul mais dans le Blanc, ils trouvent à la fois le moyen de s'affranchir de leurs fans et celui de se dégager de leur propre entité. Le groupe se désagrège, chacun des quatre membres enregistre ses prises seul. A quelques exceptions près, dont leur meilleur titre, tous albums confondus (assertion subjective) : Happiness Is A Warm Gun. Ce titre vaut des albums entiers, des discographies complètes. Il permettra d'ailleurs aux Beatles de continuer, leur participation collective donnant envie à Mc Cartney de retourner vers un son live, de retrouver une cohésion, une jeunesse au groupe.

Abbey Road sera l'affranchissement avec leur passé : dernier disque enregistré ensemble, il signe la fin du groupe mais de manière plus qu'élégante, trouvant l'alchimie entre les compositions étranges du Blanc et la cohésion de Revolver. Et vaut donc sans doute comme leur meilleur disque.

Ce que ne peut certainement pas être The White Album, qui déborde d'egos, passe du coq à l'âne, mélange tout, n'a aucune ligne de conduite. On passe d'un twist à du reggae, d'une parodie de blues pleine d'humour au premier titre heavy-metal de l'histoire du rock (Helter Skelter), de la ballade la plus légère à un fatras sonore. L'intérêt réside là : si vous n'aimez pas les Beatles, écoutez leur double album blanc. Car rien ne ressemble moins au Beatles - ou plutôt à l'image publicitaire omniprésente des Beatles - que ces trente titres rassemblés sous une non-pochette. Vierge d'image, vierge de texte. Seulement rehaussée d'une signature, celle d'une révolution.

Quel joli choix, quelle justesse : rien ne résume le contenu, fou sanglé dans une camisole de force, à part peut-être une idée, celle d'avancer et d'expérimenter au maximum. The White Album est un cadeau, le plus beau qu'ils ont fait : une page blanche. Ils ont balancé la sauce, les sauces, les instruments, les coupages, les modes d'enregistrements, les vocaux, les textes, ils ont tout mixé, tout remué, et donné le résultat final comme étant non pas une mais trente directions à suivre.

Vous connaissez Divine Comedy ? Il a refait Martha My Dear des dizaines de fois. Le jazz ? Blackbird a été reprise par le Hendrix de la basse, Jaco Pastorius. J'ai déjà parlé du métal et de l'avant-garde. Bien sûr, quand les Beatles géraient la société des années 60, Zappa officiait déjà dans les Mothers of Invention, mais finalement, il était incapable de faire une chanson pour le grand public, pour tout le monde. Si cela arrivait, le texte était suffisamment scabreux pour ne pas passer sur les radios et être fatiguant au bout de quatre écoutes.

Aventureux, généreux, difficile à suivre et à défricher-déchiffrer, usant comme tout adolescent en train de s'affranchir, le double blanc demande de l'attention. Laissez tomber son incidence historique : il reste riche. Oubliez que ce sont les Beatles : il n'a rien en commun avec les Fab Four de Liverpool.

Merci les gars.

jeudi 17 mars 2011

Présents jusqu'au bout


Je ne l'ai jamais rencontré. Nous étions amis virtuels, depuis des années. Cinq. Depuis que nous n'étions pas d'accord sur un article sans réel impact. Explications en Messages Privés, et voilà, je m'étais fait un nouveau pote. Qui avait de bons goûts. Qui m'a fait découvrir Modest Mouse, Young Liars et tellement d'autres choses. Qui m'a donné envie de redécouvrir Therapy?, des vieux de la vieille, des "indie" qui lorgnent vers le punk ou le hardcore. D'ailleurs ils reprennent avec le même bonheur Joy Division comme Hüsker Dü. Je peux le confirmer, leurs concerts dégagent comme rarement. La preuve sur ce double live sorti en 2010, We're Here To The End, trente-six titres toutes périodes confondues.

Ici, leur cause est entendue, tout le public connaît chaque chanson, chaque parole, et rend bien l'énergie déployée sur scène. Voilà ce que je qualifierais de festif. Contrairement aux groupes de plus de dix membres costumés qui parlent de fêtes et de beuveries. Tout le contraire de Therapy?, qui préfèrent limiter le nombre d'instruments (le strict minimum : un power trio guitare basse batterie), ne pas brailler, ne pas faire des solos de plus de huit mesures, parler surtout de toute la souffrance sans fard, en face, pour s'en défaire avec rage. Efficacité, concision, un coup de marteau de Thor. Un peu le credo de The Police. J'ai un souvenir vivace de leur reprise de Next To You avec Sting. Pas de souci, vous me remercierez après avoir cliqué.

J'ai envie de dire "Profitez-en ! Vivez ! Ecoutez ces types qui donnent de la joie ! Souriez !". C'est idiot, mais voilà, je ne l'ai jamais rencontré, nous n'avons que trinqué par écrans interposés, avons écouté les mêmes disques mais jamais dans la même pièce, avons ri ensemble sans s'entendre, nous nous sommes serrés les coudes sans se toucher. Avons été présents jusqu'au bout, jusqu'à toi, Tibou. Cette note t'est dédiée car tu nous manques terriblement.

lundi 14 février 2011

L'âge des bizarres


Il existe des mots que je déteste. Pour diverses raisons : parfois à cause de leur sonorité, parfois leur orthographe, parfois leur sens. "jargon" fait partie de la dernière catégorie. Il induit forcément une exclusion, ce qui est dommage. Même si le jargon est pratique. Dans le vaste monde du rock, il suffit de dire Kid A pour résumer un disque qui prend à contre-pied l'album précédent du ou des mêmes auteurs et qui a intégré des sons électroniques. On devrait faire un dictionnaire du rock, tiens. Ah mais non, je suis bête, il existe déjà. Quoique, celui-ci ne doit pas référencer les tics de langage des critiques.

Parce que le problème vient de là, Lou Reed vous le dira : qui voudrait être un critique ? Chaque critique est un artiste frustré, c'est comme ça. Chaque critique aurait aimé être écrivain, cinéaste, chanteur, guitariste, batteur, leader charismatique adulé, chef d'orchestre, génie. Comme tout le monde.

Et comme tout le monde, le critique peut céder à la facilité (et c'est pas moi qui vais lui jeter la pierre). Ca se reconnaît car dans ce cas, il utilise son jargon : une galette est un disque, un Kid A je l'ai déjà dit, un opus est un album, une tuerie est un très bon titre ou disque, un album est soit facile soit difficile d'accès, les sirènes sont forcément commerciales etc etc etc. Liste presque infinie.

Ces tics reviennent souvent lorsqu'on se renseigne sur le nouveau disque de Sufjan Stevens, The Age of Adz. Cela se comprend aisément. L'objet est hors-norme, consciemment, comme tout ce qu'a fait ce jeune prodige surdoué de Stevens jusqu'à maintenant. De la pochette en chantier à la musique grandiloquente et noyée d'arrangements, tout est fait dans l'excès. Sauf le nom des titres, anormalement courts si l'on se réfère à son précédent album, Illinoise. Cela se termine avec vingt-cinq minutes qui aimeraient résumer les cinq ou dix années précédentes. On y trouve même de l'auto-tune, rendez-vous compte, cette horreur que le tout-vendant actuel use à outrance, de Kanye West à Daft Punk. Une totale faute de goût, dans le principe.

Mais ça passe. Parce que si vous tenez les quarante minutes précédentes, pourquoi vous ne tiendriez pas sur cette incongruité ? Comme tout petit génie déjà reconnu et adulé, il peut se permettre de jouer avec ce qu'il veut. Donc soit cette surenchère passe et est saluée comme une prise de risque (ce qui ne semble pas du tout être le cas), soit elle agace et provoque une indigestion bien compréhensible. N'allant jamais plus loin que son propre savoir-faire, Sufjan Stevens multiplie les couches et les idées, mais pour lui uniquement. Avec un indéniable talent parfaitement addictif pour tout amateur de Kate Bush et de Björk, il emballe ses grandeurs dans une pochette qui rappelle Metropolis, Can, le rétro-futurisme de Sky Captain and the world of tomorrow, et fait référence à la SF des années 60 ("The Day The Earth Stood Still"). Comme une blague, comme une musique déjà dépassée. A l'instar de Bob Mould dans les années 80 et des Pixies dans les années 90, Sufjan Stevens propose la revanche des nerds des années 2000.

The Age of Adz n'est donc pas le fruit d'une erreur, d'un changement, d'un accident, mais est bien un laboratoire autant qu'une vitrine. Les paroles de conclusion sonnent la fin de la joyeuse expérience dont nous fûmes victimes, comme nous l'étions des épisodes de Twilight Zone ou de Au-delà du réel : "Boy, we made such a mess together".

lundi 8 novembre 2010

De station en station

Je vous présente ma monomanie du moment. Un disque de 1976, le dixième de son auteur, un vieux disque en somme, y compris pour Bowie, puisqu'il ne s'agissait pas non plus d'un essai. Rares, très rares sont ceux qui dans le rock ont accouché d'un dixième (ou d'un septième ou sixième) album qui soit aussi important, que ce soit pour son créateur ou pour les mélomanes. Et ce n'est pas nouveau, les Beatles n'en ont même pas fait dix. Même si en ce moment, j'ai l'impression que c'est pire. Regardez par exemple Arcade Fire, un groupe qu'on aime porter aux nues. Trois albums seulement en quoi, six ou sept ans. Et on pense déjà qu'ils sont peut-être finis, que l'aventure va s'arrêter. Bref, voilà une preuve de plus que Bowie est un extra-terrestre.

Je connais Station To Station depuis quinze ans, je l'écoute plutôt régulièrement, mais à l'occasion de sa réédition avec le live au Nassau Coliseum du 23 mars 1976 il y a peu, je l'ai redécouvert. Ca ne me pose pas de problèmes, au contraire. J'ai bien découvert Depeche Mode en 2001, Neil Young en 2007 et Prince cet été. Attention, quand je parle de découverte, je parle de comprendre ou du moins d'appréhender une oeuvre, un artiste, pas de n'en avoir jamais entendu un titre ou entendu parler. Par exemple, si vous pensez connaître Gainsbourg sans jamais avoir écouté son Histoire de Melody Nelson, alors vous ne connaissez pas Gainsbourg, pas vraiment. Je vais donc immédiatement vous donner la morale de cette chronique : ne jetez pas vos vieux disques avant de les avoir réécoutés au moins une fois.

J'ai toujours aimé Station To Station, mais à l'époque Wild Is The Wind ne me parlait pas. Je me disais "ça y est il fait son crooner, il se la raconte, le David, là, allez coco, je remets la première de dix minutes, celle-là est spéciale". Alors oui, la chanson titre de dix minutes est spéciale, mais finalement Wild Is The Wind l'est aussi. Parce que c'est une reprise, déjà, et puis parce que Bowie y fait plus que le crooner : il interprète. Avec une totale conviction, preuve qu'il ne pouvait faire qu'un bon acteur, à l'instar de Jacques Brel.

Et me voici donc non plus devant un album qui n'était qu'une prémisse de son (à mes yeux) plus grand disque (le très instrumental Low), mais devant son complément, celui où Bowie ne fait pas que redéfinir la funk, un album où il se transforme en chanteur. Libéré de ses oripeaux glam, de ses doppelganger Aladdin Sane et Ziggy Stardust, de ses attributs de rock star, de compositeur de tubes, d'icône bisexuelle, Bowie se montre simplement en costard. Et chante. En Thin White Duke, un nouvel avatar... mais d'où sort-il, cet avatar ? D'un roman de Chandler, d'un film de Bogart ? Aucune idée, ma culture s'arrête rapidement. Ce n'est pas un nouveau personnage que Bowie crée ici, mais plutôt une nouvelle musique. Le groupe nouvellement composé qui l'accompagne ici participera aux quatre albums suivants, autant dire l'intégralité de la période la plus recherchée et avant-gardiste du charismatique dandy. Des musiciens précis et flexibles, ouverts et plein d'idées, comme on en trouve chez Zappa.

Vous connaissez ces critiques qui décortiquent chaque titre d'un album ? Celles qui désossent complètement pour en faire une description complète, que l'on sache ce que l'on écoute ? Je déteste ce genre de chronique. Et pourtant j'ai très envie de le faire. Car ce ne sont que six titres et trente-huit minutes. Mais de ce genre de minutes qui altèrent la réalité. Soyez gentils, suivez les liens. Les dix minutes de la chanson titre sont folles, et les vingt-huit qui suivent ne sont pas en reste, il y a le choix : des ballades ténébreuses, de la funk cadrée incendiaire, de la chanson potache, des ponts en apesanteur. Un seul mot définit ce disque (et le concert bonus ne fait que le démontrer) : classe.

PS : Vous avez peut-être remarqué (mais franchement ça m'étonnerait) que je fais référence ici à des disques dont j'ai déjà parlé ailleurs sur ce blog, à chaque fois en comparaison ou en lien, ayant sans doute trop peur de m'y frotter. Ceux qui retrouvent les articles concernés auront toute ma considération.

jeudi 14 octobre 2010

Golf



Playlist pour un neuf ou dix-huit trous :

1. Prince 1999
2. Stevie Wonder Sir Duke
3. David Byrne & The Dirty Projectors Knotty Pine
4. Eels That Look You Give That Guy
5. The Paper Chase This Is Only A Test
6. Dark Night Of The Soul Just War
7. PJ Harvey Dear Darkness
8. Joe Henry Civilians
9. Serge Gainsbourg Monsieur William
10. Pulled Apart By Horses High Five, Swan Dive, Nose Dive
11. Quasi Ape Self Prevails Me In Still
12. Helms Alee A New Roll
13. One Day As A Lion Wild International
14. Jawbox U-Trau
15. Ultra Vomit Boulangerie Patisserie
16. Liars Scissor
17. Qui Echoes
18. The Shins New Slang
19. Heatmiser See You Later
20. Joseph Arthur There's A Light That Never Goes Out