mercredi 24 octobre 2012

The Brotherhood of Dada



1. David Sylvian Sugarfuel
2. The Autumns Only Young
3. The Only Ones Another Girl, Another Planet
4. Oui oui Les cailloux
5. The Organ A Sudden Death
6. Firemouth Change
7. Bob Mould Briefest Moment
8. Metz Rats
9. Fuck Buttons Rough Steez
10. Genesis It
11. The Flaming Lips featuring Henry Rollins Time / Breathe (Reprise)
12. EMA Anteroom
13. The Dismemberment Plan Spider In The Snow
14. Big Star Morpha Too
15. Etta James Anything To Say You're Mine
16. James Brown aka the desinvolteThe Payback
17. Dirty Beaches True Blue
18. Noir Désir Là-bas
19. Neurosis Bleeding The Pigs
20. Sleater-Kinney Heart Attack


jeudi 22 mars 2012

Jour de colère


Faire du rock, c'est facile. Je sais de quoi je parle, j'ai moi-même (maître du monde) joué dans plusieurs formations. Enfin, jouer, c'est un grand mot pour mon niveau, puisque je suis de l'école Sid Vicious : aucune formation musicale. Appris sur le tas, grâce aux copains qui montrent quelques plans, expliquent les bases, donne des conseils et des exercices pour travailler. Quel que soit l'instrument (de rock basique, je précise, guitare basse ou batterie voire claviers) que vous choisirez, après un peu d'entraînement et quelques semaines à se faire mal aux doigts aux bras et aux jambes, vous pourrez commencer à jouer (en petit). Oubliez de suite les solos de Jimmy Page ou de John Bonham, concentrez-vous sur l'essentiel : faire sonner le bouzin.

Parce qu'après tout, parmi mes groupes favoris, certains ne savent pas jouer : The Velvet Underground, Joy Division, Pavement, Sonic Youth... Le punk ne vient-il pas de là, en réaction à tous ces types qui font du rock progressif (souvent ampoulé, rempli d'arabesques complexes à reproduire), à ceux qui se lancent dans des solos interminables de blues-rock, à ceux qui groovaient pendant des heures sans se lasser ? Le punk dit non au formatage, non aux études (ou alors "non aux studieux"), c'est pas parce qu'on n'a aucune compétence qu'on a rien à dire. Le jazz aussi vient de là, la rue. Et des disques de ces deux genres ont changé la face du monde.

Il faut de la motivation, des gens qui acceptent de vous accompagner, et un peu d'investissement, ne serait-ce que pour le matériel et le local. Le local, c'est le Graal. Puis il faut trouver sa voie. Le volume, la langue, l'attitude, la mouvance, voire les fringues. Se définir et s'identifier par rapport aux autres losers qui essaient de faire du rock (mais d'une autre catégorie) dans le local adjacent.

C'est là que ça devient intéressant. Parce que pour arriver à sortir du local, jouer sa première scène (de préférence devant un bar un 21 juin), il faut réussir à s'harmoniser, à trouver son son, ce qui fait que le groupe est unique. Même quand il ne s'agit que de reprises copiées-collées, il faut faire passer une personnalité. Le passage obligé, c'est lorsqu'il y a cohésion. Quand ça s'emboîte, chaque protagoniste à sa place, faisant partie d'un tout. Une entité capricieuse dont chacun est responsable, précisément au même instant t. Quand ça sonne et que le rendu est plaisant... je ne peux que comparer ça à un orgasme multiple.

Ce sont les meilleurs moments, autant pour les joueurs que pour les spectateurs. Même si ça arrive pendant le refrain de (I Can't Get No) Satisfaction.

A l'inverse, enregistrer un disque en studio est un véritable crève-coeur. Séparés, attendant des heures pour régler les micros et les amplis, jouant seul, reprenant vingt fois le même passage, se mettre tout nu devant une console aussi froide et déterminée que le HAL de 2001 l'Odyssée de l'espace, le groupe doit se faire humble. Accepté d'être aspiré de sa substance pour en faire un produit, un bout de plastique reproductible à l'infini (mais pas autant parce que bon, ça coûte, un pressage), des fichiers qui tiennent sur une clé USB. C'est un peu traumatisant. D'ailleurs je ne connais pas de musicien qui écoute son disque pour le plaisir. L'accouchement est trop douloureux, ce n'est pas moi, ce n'est pas nous, ce n'est pas notre groupe, c'est le résultat créé par le mix et le master. Personnellement, je préfère réécouter les répètes.

Voilà de quoi il est question dans Dies Irae, le double live de Noir Désir capturé lors de la tournée marathon de Tostaky, de ces moments avant le studio. Et je sais de quoi je parle, j'y étais. Après ça, après ce sommet (la descente de Noir Désir commencera juste après), mes potes et moi n'avions qu'une envie : monter un groupe. Vous voulez de la personnalité, une identité, une cohésion, de la puissance, de la voix tonnante ou frémissante, de la rage, de la reprise copiée-collée meilleure que l'originale, allez-y, servez-vous. Et bonne chance pour le 21 juin, parce que dompter le rock, c'est bien plus difficile que d'en faire.


vendredi 16 mars 2012

L'agneau tombe sur Broadway


Ca a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'était normal, en même temps, je ne connaissais rien, excepté ce qui passait à la radio, ce qui avait du succès dans les cafés, les bus scolaires, les boums. Rick Astley, U2, Madonna, Kylie, I Love To Love, Bananarama... Mais j'aimais bien Phil Collins. Et surtout, j'avais vraiment accroché à Mama, ce titre oppressant de Genesis, avec le rire démoniaque au milieu. Un single bien étrange. Oh bien sûr, il n'eut pas sur moi le même impact que le clip de Ashes To Ashes de Bowie, mais il me plaisait. J'aimais la batterie sur ce morceau. Un ami m'a expliqué que le chanteur était aussi le batteur, et qu'avant, c'était Peter Gabriel le chanteur de Genesis, tu sais l'album So avec le batteur de Police sur un titre, et donc oui, passe-moi Foxtrot, je suis curieux de les connaître avant Solsbury Hill et In the air tonight.

Ce fut l'engrenage, plus rien ne fut comme avant. J'étais devenu accro. A Genesis, à son Supper's Ready, à ses voix cristallines, à ses moments de rage, à sa batterie imaginative, à ses envolées instrumentales, à ses histoires étranges. Chaque chanson est un conte ou un poème, une fable, et toutes sont pleines de forêts, de fontaines, de demis-dieux, d'escargots, de thé, de boîtes à musique, de géants... Ca changeait des voyous auto-proclamés qui arboraient leurs badges de AC/DC ou de Scorpions, tirant la tronche de circonstance. Des titres qui n'hésitaient pas à durer plus de quatre minutes, qui ne faisaient pas de couplets-refrains, qui se moquaient d'être dans un moule, tu parles que ça m'a changé.

Le rock progressif de Genesis collait bien avec les jeux de rôles et les romans que je lisais à ce moment-là, ils étaient la bande-son de nos parties, illustrant autant l'héroïc-fantasy que le fantastique ou l'horreur. Mais bizarrement, les autres groupes classés dans cette catégorie ne sont jamais rentrés dans mon panthéon personnel (à part Can, peut-être, ce n'est pas encore certain). Car j'entrais dans une nouvelle lubie.

A cause du dernier album fait à cinq têtes, The Lamb Lies Down On Broadway, Genesis m'a ouvert la voie vers le rock tout court, celui des Doors, des Smiths et de Faith No More, ce fut l'engrenage de l'engrenage, une avalanche inexorable : me voilà aussi maudit que tous les autres qui, un jour, se sont rendus compte qu'ils avaient besoin d'écouter des disques quotidiennement sous peine de tomber malade.

Première écoute de The Lamb : hou il est bien celui-là, il va tourner longtemps, ah ah c'est super ! Sauf que vingt ans après cette première écoute qui me laissa dubitatif mais enchanté, il tourne toujours, je n'en ai pas fait le tour, il ne ressemble toujours à aucun des autres disques du groupe : sombre et urbain, aux titres courts et expérimentaux, racontant une seule histoire au fil des vingt-trois morceaux, histoire que je n'ai jamais vraiment comprise, et débarrassant Gabriel de costumes de renard ou de fleur pour avoir enfin l'air normal, celui d'un voyou avec un badge de AC/DC. Certains passages sont résolument teigneux, guitares saturées devant et batterie soutenue, tout comme d'autres qui viendront sur les albums suivants (comme Eleventh Earl Of Mar ou Dance On A Volcano). Peut-être bien qu'elle est là, la genèse du métal progressif. D'ailleurs, joué intégralement en concert comme sur le Archive 67-75, il sonne encore mieux.

Mon prof d'histoire de l'époque nous expliqua que la Terminale portait extrêmement mal son nom. Elle ne termine rien, mais lance la vraie étude, l'entrée dans la vie en tant que personne réfléchie. Il en est de même avec The Lamb. Il apprend que tous les genres de musique valent le coup, quels que soient la durée, le rythme, la langue, les instruments utilisés. Tant qu'ils racontent des histoires avec conviction et qu'on se donne la peine de les écouter.

P.S. Merci à Louis-Ferdinand Céline pour le début de cette chronique.

jeudi 5 mai 2011

L'album blanc


D'habitude, je déteste la musique de mes parents. D'abord parce que c'est celle de mes parents, c'est un principe de vie : s'affranchir. Après avoir été traumatisé par des Paris-Andorre à écouter Famous Last Words de Supertramp et le Julien Clerc du moment en boucle dans la Simca 1000, je trouve ça tout à fait normal et totalement excusable. Et oui, j'ai toujours été snob. On ne devient pas snob, on naît snob.

Sauf que parfois, je ne peux m'empêcher de penser qu'ils avaient raison, y compris dans leur discothèque. J'ai donc écouté plus que de raison une compile de ballades des Beatles dans mes tendres années, quand je lisais les manuels des Castors Juniors. Mais on n'échappe pas à ce groupe absolument présent partout, dans tous les articles, toutes les références, tous les reportages INA, tous les cours d'histoire, tous les clins d'oeil, tels des publicités, des tampons, des fers rouges. Impossible de leur échapper, même mon arrière-grand-mère connaît les Beatles.

Je me suis contenté de leurs années rebelles, les boys band ne m'intéressent pas. Et tout en haut de leur oeuvre, je ne garderai réellement souvenir que de deux disques immenses et inusables : Abbey Road et ce The White Album, qui date de 1968.

Depuis, je me suis coltiné l'écoute de l'intégralité de leurs quatorze albums. J'ai zappé les Anthology mais j'ai aussi jeté une oreille sur Let it be... naked. Je dis quatorze, mais en fait, les quatre premiers sont remplis de filler tracks, ces chansons bouche-trous qui peuvent être soit des titres faibles soit des reprises de standards de Chuck Berry ou de la Motown. L'époque ne valait que pour les singles. Et puis Yellow Submarine et Magical Mistery Tour sont de faux albums, plutôt des EP. Tout ça pour bien faire le tour une fois pour toutes, pour être sûr, pour m'en débarrasser, pour confirmer ce que je pensais depuis plus de quinze ans : le Blanc et Abbey Road. Et à la rigueur, Revolver et Rubber Soul. Pas plus. Même si indéniablement il y a des titres magnifiques dans leurs débuts, tels que She Loves You, Ticket To Ride, I'm A Loser, Yesterday et j'en passe (de vrais prodiges, total respect man), les Beatles offrent leur raison d'être dans ces deux sommets.

La mutation commence avec Rubber Soul mais dans le Blanc, ils trouvent à la fois le moyen de s'affranchir de leurs fans et celui de se dégager de leur propre entité. Le groupe se désagrège, chacun des quatre membres enregistre ses prises seul. A quelques exceptions près, dont leur meilleur titre, tous albums confondus (assertion subjective) : Happiness Is A Warm Gun. Ce titre vaut des albums entiers, des discographies complètes. Il permettra d'ailleurs aux Beatles de continuer, leur participation collective donnant envie à Mc Cartney de retourner vers un son live, de retrouver une cohésion, une jeunesse au groupe.

Abbey Road sera l'affranchissement avec leur passé : dernier disque enregistré ensemble, il signe la fin du groupe mais de manière plus qu'élégante, trouvant l'alchimie entre les compositions étranges du Blanc et la cohésion de Revolver. Et vaut donc sans doute comme leur meilleur disque.

Ce que ne peut certainement pas être The White Album, qui déborde d'egos, passe du coq à l'âne, mélange tout, n'a aucune ligne de conduite. On passe d'un twist à du reggae, d'une parodie de blues pleine d'humour au premier titre heavy-metal de l'histoire du rock (Helter Skelter), de la ballade la plus légère à un fatras sonore. L'intérêt réside là : si vous n'aimez pas les Beatles, écoutez leur double album blanc. Car rien ne ressemble moins au Beatles - ou plutôt à l'image publicitaire omniprésente des Beatles - que ces trente titres rassemblés sous une non-pochette. Vierge d'image, vierge de texte. Seulement rehaussée d'une signature, celle d'une révolution.

Quel joli choix, quelle justesse : rien ne résume le contenu, fou sanglé dans une camisole de force, à part peut-être une idée, celle d'avancer et d'expérimenter au maximum. The White Album est un cadeau, le plus beau qu'ils ont fait : une page blanche. Ils ont balancé la sauce, les sauces, les instruments, les coupages, les modes d'enregistrements, les vocaux, les textes, ils ont tout mixé, tout remué, et donné le résultat final comme étant non pas une mais trente directions à suivre.

Vous connaissez Divine Comedy ? Il a refait Martha My Dear des dizaines de fois. Le jazz ? Blackbird a été reprise par le Hendrix de la basse, Jaco Pastorius. J'ai déjà parlé du métal et de l'avant-garde. Bien sûr, quand les Beatles géraient la société des années 60, Zappa officiait déjà dans les Mothers of Invention, mais finalement, il était incapable de faire une chanson pour le grand public, pour tout le monde. Si cela arrivait, le texte était suffisamment scabreux pour ne pas passer sur les radios et être fatiguant au bout de quatre écoutes.

Aventureux, généreux, difficile à suivre et à défricher-déchiffrer, usant comme tout adolescent en train de s'affranchir, le double blanc demande de l'attention. Laissez tomber son incidence historique : il reste riche. Oubliez que ce sont les Beatles : il n'a rien en commun avec les Fab Four de Liverpool.

Merci les gars.

jeudi 17 mars 2011

Présents jusqu'au bout



Je ne l'ai jamais rencontré. Nous étions amis virtuels, depuis des années. Cinq. Depuis que nous n'étions pas d'accord sur un article sans réel impact. Explications en Messages Privés, et voilà, je m'étais fait un nouveau pote. Qui avait de bons goûts. Qui m'a fait découvrir Modest Mouse, Young Liars et tellement d'autres choses. Qui m'a donné envie de redécouvrir Therapy?, des vieux de la vieille, des "indie" qui lorgnent vers le punk ou le hardcore. D'ailleurs ils reprennent avec le même bonheur Joy Division comme Hüsker Dü. Je peux le confirmer, leurs concerts dégagent comme rarement. La preuve sur ce double live sorti en 2010, We're Here To The End, trente-six titres toutes périodes confondues.

Ici, leur cause est entendue, tout le public connaît chaque chanson, chaque parole, et rend bien l'énergie déployée sur scène. Voilà ce que je qualifierais de festif. Contrairement aux groupes de plus de dix membres costumés qui parlent de fêtes et de beuveries. Tout le contraire de Therapy?, qui préfèrent limiter le nombre d'instruments (le strict minimum : un power trio guitare basse batterie), ne pas brailler, ne pas faire des solos de plus de huit mesures, parler surtout de toute la souffrance sans fard, en face, pour s'en défaire avec rage. Efficacité, concision, un coup de marteau de Thor. Un peu le credo de The Police. J'ai un souvenir vivace de leur reprise de Next To You avec Sting. Pas de souci, vous me remercierez après avoir cliqué.

J'ai envie de dire "Profitez-en ! Vivez ! Ecoutez ces types qui donnent de la joie ! Souriez !". C'est idiot, mais voilà, je ne l'ai jamais rencontré, nous n'avons que trinqué par écrans interposés, avons écouté les mêmes disques mais jamais dans la même pièce, avons ri ensemble sans s'entendre, nous nous sommes serrés les coudes sans se toucher. Avons été présents jusqu'au bout, jusqu'à toi, Tibou. Cette note t'est dédiée car tu nous manques terriblement.

lundi 14 février 2011

L'âge des bizarres


Il existe des mots que je déteste. Pour diverses raisons : parfois à cause de leur sonorité, parfois leur orthographe, parfois leur sens. "jargon" fait partie de la dernière catégorie. Il induit forcément une exclusion, ce qui est dommage. Même si le jargon est pratique. Dans le vaste monde du rock, il suffit de dire Kid A pour résumer un disque qui prend à contre-pied l'album précédent du ou des mêmes auteurs et qui a intégré des sons électroniques. On devrait faire un dictionnaire du rock, tiens. Ah mais non, je suis bête, il existe déjà. Quoique, celui-ci ne doit pas référencer les tics de langage des critiques.

Parce que le problème vient de là, Lou Reed vous le dira : qui voudrait être un critique ? Chaque critique est un artiste frustré, c'est comme ça. Chaque critique aurait aimé être écrivain, cinéaste, chanteur, guitariste, batteur, leader charismatique adulé, chef d'orchestre, génie. Comme tout le monde.

Et comme tout le monde, le critique peut céder à la facilité (et c'est pas moi qui vais lui jeter la pierre). Ca se reconnaît car dans ce cas, il utilise son jargon : une galette est un disque, un Kid A je l'ai déjà dit, un opus est un album, une tuerie est un très bon titre ou disque, un album est soit facile soit difficile d'accès, les sirènes sont forcément commerciales etc etc etc. Liste presque infinie.

Ces tics reviennent souvent lorsqu'on se renseigne sur le nouveau disque de Sufjan Stevens, The Age of Adz. Cela se comprend aisément. L'objet est hors-norme, consciemment, comme tout ce qu'a fait ce jeune prodige surdoué de Stevens jusqu'à maintenant. De la pochette en chantier à la musique grandiloquente et noyée d'arrangements, tout est fait dans l'excès. Sauf le nom des titres, anormalement courts si l'on se réfère à son précédent album, Illinoise. Cela se termine avec vingt-cinq minutes qui aimeraient résumer les cinq ou dix années précédentes. On y trouve même de l'auto-tune, rendez-vous compte, cette horreur que le tout-vendant actuel use à outrance, de Kanye West à Daft Punk. Une totale faute de goût, dans le principe.

Mais ça passe. Parce que si vous tenez les quarante minutes précédentes, pourquoi vous ne tiendriez pas sur cette incongruité ? Comme tout petit génie déjà reconnu et adulé, il peut se permettre de jouer avec ce qu'il veut. Donc soit cette surenchère passe et est saluée comme une prise de risque (ce qui ne semble pas du tout être le cas), soit elle agace et provoque une indigestion bien compréhensible. N'allant jamais plus loin que son propre savoir-faire, Sufjan Stevens multiplie les couches et les idées, mais pour lui uniquement. Avec un indéniable talent parfaitement addictif pour tout amateur de Kate Bush et de Björk, il emballe ses grandeurs dans une pochette qui rappelle Metropolis, Can, le rétro-futurisme de Sky Captain and the world of tomorrow, et fait référence à la SF des années 60 ("The Day The Earth Stood Still"). Comme une blague, comme une musique déjà dépassée. A l'instar de Bob Mould dans les années 80 et des Pixies dans les années 90, Sufjan Stevens propose la revanche des nerds des années 2000.

The Age of Adz n'est donc pas le fruit d'une erreur, d'un changement, d'un accident, mais est bien un laboratoire autant qu'une vitrine. Les paroles de conclusion sonnent la fin de la joyeuse expérience dont nous fûmes victimes, comme nous l'étions des épisodes de Twilight Zone ou de Au-delà du réel : "Boy, we made such a mess together".

lundi 8 novembre 2010

De station en station

Je vous présente ma monomanie du moment. Un disque de 1976, le dixième de son auteur, un vieux disque en somme, y compris pour Bowie, puisqu'il ne s'agissait pas non plus d'un essai. Rares, très rares sont ceux qui dans le rock ont accouché d'un dixième (ou d'un septième ou sixième) album qui soit aussi important, que ce soit pour son créateur ou pour les mélomanes. Et ce n'est pas nouveau, les Beatles n'en ont même pas fait dix. Même si en ce moment, j'ai l'impression que c'est pire. Regardez par exemple Arcade Fire, un groupe qu'on aime porter aux nues. Trois albums seulement en quoi, six ou sept ans. Et on pense déjà qu'ils sont peut-être finis, que l'aventure va s'arrêter. Bref, voilà une preuve de plus que Bowie est un extra-terrestre.

Je connais Station To Station depuis quinze ans, je l'écoute plutôt régulièrement, mais à l'occasion de sa réédition avec le live au Nassau Coliseum du 23 mars 1976 il y a peu, je l'ai redécouvert. Ca ne me pose pas de problèmes, au contraire. J'ai bien découvert Depeche Mode en 2001, Neil Young en 2007 et Prince cet été. Attention, quand je parle de découverte, je parle de comprendre ou du moins d'appréhender une oeuvre, un artiste, pas de n'en avoir jamais entendu un titre ou entendu parler. Par exemple, si vous pensez connaître Gainsbourg sans jamais avoir écouté son Histoire de Melody Nelson, alors vous ne connaissez pas Gainsbourg, pas vraiment. Je vais donc immédiatement vous donner la morale de cette chronique : ne jetez pas vos vieux disques avant de les avoir réécoutés au moins une fois.

J'ai toujours aimé Station To Station, mais à l'époque Wild Is The Wind ne me parlait pas. Je me disais "ça y est il fait son crooner, il se la raconte, le David, là, allez coco, je remets la première de dix minutes, celle-là est spéciale". Alors oui, la chanson titre de dix minutes est spéciale, mais finalement Wild Is The Wind l'est aussi. Parce que c'est une reprise, déjà, et puis parce que Bowie y fait plus que le crooner : il interprète. Avec une totale conviction, preuve qu'il ne pouvait faire qu'un bon acteur, à l'instar de Jacques Brel.

Et me voici donc non plus devant un album qui n'était qu'une prémisse de son (à mes yeux) plus grand disque (le très instrumental Low), mais devant son complément, celui où Bowie ne fait pas que redéfinir la funk, un album où il se transforme en chanteur. Libéré de ses oripeaux glam, de ses doppelganger Aladdin Sane et Ziggy Stardust, de ses attributs de rock star, de compositeur de tubes, d'icône bisexuelle, Bowie se montre simplement en costard. Et chante. En Thin White Duke, un nouvel avatar... mais d'où sort-il, cet avatar ? D'un roman de Chandler, d'un film de Bogart ? Aucune idée, ma culture s'arrête rapidement. Ce n'est pas un nouveau personnage que Bowie crée ici, mais plutôt une nouvelle musique. Le groupe nouvellement composé qui l'accompagne ici participera aux quatre albums suivants, autant dire l'intégralité de la période la plus recherchée et avant-gardiste du charismatique dandy. Des musiciens précis et flexibles, ouverts et plein d'idées, comme on en trouve chez Zappa.

Vous connaissez ces critiques qui décortiquent chaque titre d'un album ? Celles qui désossent complètement pour en faire une description complète, que l'on sache ce que l'on écoute ? Je déteste ce genre de chronique. Et pourtant j'ai très envie de le faire. Car ce ne sont que six titres et trente-huit minutes. Mais de ce genre de minutes qui altèrent la réalité. Soyez gentils, suivez les liens. Les dix minutes de la chanson titre sont folles, et les vingt-huit qui suivent ne sont pas en reste, il y a le choix : des ballades ténébreuses, de la funk cadrée incendiaire, de la chanson potache, des ponts en apesanteur. Un seul mot définit ce disque (et le concert bonus ne fait que le démontrer) : classe.

PS : Vous avez peut-être remarqué (mais franchement ça m'étonnerait) que je fais référence ici à des disques dont j'ai déjà parlé ailleurs sur ce blog, à chaque fois en comparaison ou en lien, ayant sans doute trop peur de m'y frotter. Ceux qui retrouvent les articles concernés auront toute ma considération.

jeudi 14 octobre 2010

Golf



Playlist pour un neuf ou dix-huit trous :

1. Prince 1999
2. Stevie Wonder Sir Duke
3. David Byrne & The Dirty Projectors Knotty Pine
4. Eels That Look You Give That Guy
5. The Paper Chase This Is Only A Test
6. Dark Night Of The Soul Just War
7. PJ Harvey Dear Darkness
8. Joe Henry Civilians
9. Serge Gainsbourg Monsieur William
10. Pulled Apart By Horses High Five, Swan Dive, Nose Dive
11. Quasi Ape Self Prevails Me In Still
12. Helms Alee A New Roll
13. One Day As A Lion Wild International
14. Jawbox U-Trau
15. Ultra Vomit Boulangerie Patisserie
16. Liars Scissor
17. Qui Echoes
18. The Shins New Slang
19. Heatmiser See You Later
20. Joseph Arthur There's A Light That Never Goes Out

vendredi 30 juillet 2010

Ecartelé par des chevaux

Voire même écartelé par les chevaux en furie des quatre cavaliers de l'Apocalypse. Parce que ça tabasse sévère, en Angleterre, sur ce Pulled Apart By Horses du groupe du même nom (Pulled Apart By Horses, vous l'aurez compris). Ce qui est à la fois bien et pénible, avec ce disque et donc ce groupe, c'est que je suis incapable de trouver à quel courant, genre, style, il appartient. Quelle étiquette lui coller. Et rien que pour ça, c'est remarquable. Pourtant, rien d'extravagant ici. Pas de psychédélisme ou d'instrument exotique, pas de longues plages torturées ou incompréhensibles, pas de titre qui mélange les influences reconnaissables, et pourtant, pas de sonorités inédites. On me souffle que cela ressemble à The Bronx, mais je ne connais pas. Donc, tout de suite, un exemple de Pulled Apart By Horses, à savoir un des titres que je préfère. Comme ça, vous savez tout de suite de quoi on parle.

Alors ? Vous voyez ça comment ? Comme un Enter Shakira (humour) qui aurait dégraissé sa partie neo-métal (ou nu metal, peu importe, c'est trop bête, le néo-métal, sauf les premiers Korn et les Deftones. Je vous reparlerai des Deftones, un jour.) ? Comme du punk de base ? Comme du hard rock qui aurait oublié ses solos ? Du hardcore qui ne sonnerait pas salement ? Du noise qui ne serait pas vain ou prétentieux ? Du pub-rock énervé ?

Personnellement, je n'en ai aucune idée. Et c'est bien, parce que les étiquettes, c'est pratique au lavage, mais ça gratte au portage. En s'affranchissant d'un mode d'emploi, Pulled Apart By Horses deviennent totalement libres. Y compris de faire une pochette illisible qui devient lisible dès lors que l'on sait de quoi il s'agit. Ils ont tout compris, eux : faire ce pour quoi on est bon sans essayer d'y réfléchir. Etre évident. Atteindre ce luxe n'est pas simple.

Ah, au fait, apparemment, Thom Yorke (le chanteur de Radiohead, pour les retardataires) a sorti un titre, ou un album, appelé Feeling Pulled Apart By Horses. Je tiens à préciser qu'il n'y a aucun rapport avec ce disque. D'ailleurs je ne sais pas de quoi il s'agit, puisque à mes yeux, Thom n'a de vraie valeur qu'avec ses amis. Et c'est tant mieux aussi.

J'ai arrêté le compte de mes "et c'est bien'', parce qu'il n'y a pas grand chose à ajouter. Ces Anglais peuvent plaire ou pas, mais j'y entends de belles choses, héritées ou non. Tout ce que je constate, c'est qu'il tourne souvent en ce moment. C'est donc forcément bien : j'ai une très haute opinion de mes oreilles écart(el)ées.

PS; mon ami Zok, que vous pouvez lire ici, me donne une très bonne définition de ce que sont nos PABH : "A l'écoute ça me donne l'impression que j'avais quand des mecs plus âgés que moi allaient en Angleterre quand j'étais ado voire moins, et qu'ils me faisaient écouter les vinyles rapportés. Une espèce de truc indéfinissable que t'avais jamais écouté avant, une sensation étrange, je sais pas expliquer. Je retrouve ça avec ce morceau."


mercredi 24 mars 2010

Alors c'est ça ?



Qui dit rock dit rébellion, jeunesse, colère, changement (ou du moins sa recherche). Mais ça, c'était dans les années 60, voire 70 avec le punk, depuis, c'est plutôt désillusion et désenchantement. Il a fallu atteindre le rap (le vrai) pour que cette rébellion ait du sens à nouveau.

C'était bien sûr sans compter sur les grands distributeurs, producteurs, propriétaires, qui ont directement senti la bonne affaire. Depuis Elvis the pelvis, c'est comme ça : soyez aussi glamour, proposez une image. De préférence rebelle. Qui effraie le bourgeois (The Rolling Stones) ou pas (The Beatles). Que les jeunes puissent rêver, s'identifier, acheter des disques. Rêver de groupies hystériques, d'orgies interminables, de communier dans un stade. Jagger, Richards, Lennon, McCartney sont devenus des prêtres d'un genre nouveau, dignes de l'empire romain. Lennon avait raison, les Beatles étaient plus populaires que le Christ. Charlie Watts (batteur des Rolling Stones de son état) aussi avait raison : autant la musique est super, autant le cirque engendré est agaçant.

Autre constante d'un groupe qui marche, il faut un manager. Une sorte d'entraîneur, de coach - pour parler comme en 2008 - qui cadrerait tout ce petit monde bien turbulent, qui en sort ce qu'il peut y avoir de meilleur et veille au grain, metteur en son et parent attentionné.

Malheureusement, on ne change pas une équipe qui gagne, et la recette perdure depuis. Exemple : Oasis.

Habituellement, je n'aime pas parler des groupes que je n'aime pas. Quel intérêt ? Certains aiment, soit, voilà, c'est une question de goût. On va dire. Alors, profitez-en, je vais déverser mon fiel et ma bile sur ce groupe qui a déclenché un raz-de-marée de disques mous, consensuels, sans intérêt (mais pas sans intérêts, ah ah. Pardon.), et qui sont portés aux pinacles par les rock-critics et les magazines anglais.

Dans mon souvenir, Oasis est le premier groupe estampillé indie / relève / nouvelle génération, (quoi que ces étiquettes puissent dire) créé de toutes pièces qui soit affiché comme un vrai groupe de rock, avec ses rebelles, ses guitares sans concession, son attitude faussement hautaine, ses fringues mod(e)s (on voit même un scooter dans le livret de leur premier album) et son accent à couper au couteau. Un vrai condensé de Sex Pistols (autre groupe monté de toutes pièces), The Who, The Jam, The Rolling Stones... un cliché ambulant en somme. 100 % british. Ce que les frasques du duo de frères caché sous cette appellation de Oasis confirment, plus occupés à plagier T-Rex (Cigarettes & Alcohol) et se payer des jets de télé par la fenêtre qu'à chercher un quelconque sens à leur musique : un amour du cirque rock, plutôt. Premier titre du premier album : (I'm a) Rock'n'roll Star. Si c'est pas donner le ton, ça.

Bref, je hais Oasis (bien qu'ils aient commis quelques titres corrects qui marchent très bien en soirées, mariages ou pas), ce qu'ils représentent, ce qu'ils sont : des poseurs, attirés par le clinquant, si stéréotypés qu'ils en deviennent honnêtes. Après tout, c'est tout bénef pour la maison d'édition. D'authentiques losers d'une typique cité anglaise industrielle en friche, fans de foot, des Beatles, des Stone Roses, de lager et de bastons du samedi soir, propulsés du jour au lendemain futur du rock. Tout le monde est content, même aux mariages de jeunes branchés.

Alors que j'adore ce premier album des Strokes, Is This It ? Ca partait mal. Ils étaient affublés de tout ce que Oasis portait : les tenues vestimentaires à la mode du moment (le leur), le line-up classique (un chanteur deux guitares une basse une batterie), un son daté mais pas rétro, plutôt dans l'air du temps, et une réputation unanime de futur du rock. Mouais mouais mouais. Et pourtant il ne m'a pas fallu plus de deux écoutes pour me rendre compte à quel point j'avais eu tort de me méfier. On en revient à cette étrange chimie qui fait que malgré les mêmes apparats, il peut sortir de la marmite soit de la bouse soit de l'ambroisie. Ou alors s'agit-il simplement des compositions elles-mêmes ? De l'inspiration ? De leur guru, dont le portrait de hippie fatigué côtoie ceux des jeunes hypes au milieu du livret intérieur ?

Peut-être est-ce dû à la colère, aussi. Celle de Is This It ? n'est pas évidente. Non, au premier abord, on serait plutôt en face de tristes gens de vingt ans mais qui aimeraient bien se lâcher. Qui se lamentent joyeusement, cherchant le point commun entre Bob Marley et les Who mais incapables de faire du reggae ou d'imposer un son de stade (on n'est pas chez Muse Queen). Qui reprennent en filigrane, dans le chant légèrement nonchalant de Julian Casablancas le ton du Iggy Pop au sein des Stooges, le premier punk : négatif et énervé. Qui sonnent comme une répète enregistrée plutôt qu'un produit de studio bien arrondi, un groupe sans effets, sans chorus ni reverb.

Avec la fin de 2010, nombreux sont ceux qui ont fait un bilan de cette première décennie. A chaque fois ou presque, Is This It ? était bien placé. Tout le monde peut sentir la fulgurance de ses onze titres qui allient modernisme, un son immédiatement reconnaissable, des mélodies évidentes mais inédites. Ce dernier adjectif est peut-être celui qui les sépare de Oasis. Ou alors c'est trop subjectif, il s'agit d'honnêteté. D'intégrité, même en pactisant avec les marionnettistes. L'image est bien le plus difficile à gérer. Vive la musique qui s'en affranchit.

mardi 23 février 2010

Un jour tout cela pourrait t'appartenir


Encore un groupe inconnu, encore un disque attrapé au hasard ou presque, et encore une fois, une surprise généreuse, en forme de boucle. Fortement typé formation canadienne, The Paper Chase rappelle Arcade Fire, les cabarets de Hawksley Workman et la richesse de Broken Social Scene.

Maintenant, faudrait juste vérifier que ce sont des Canadiens...

What the fuck, peu importe, voilà dix titres plus rageurs que ceux de Arcade Fire et qui croulent sous les idées et les mélodies. Même quand ces dernières sont maltraitées, le dérapage reste sous contrôle, fond doucement dans des transitions qui me semblent - pour l'instant - obscures mais qui doivent avoir une bonne raison d'être là. Tout comme cette étrange pochette. Comme ces petits riffs incongrus qui pimentent les titres mais sont indispensables.

Encore soixante-treize écoutes et peut-être bien que j'irai chercher leurs précédents disques (car ce Someday This Could All Be Yours Vol. 1 date de 2009, et ouais, et ouais), et d'autres albums des Autumns aussi, allez, ne soyons pas frileux, soyons curieux, ouverts, et surtout, sans préjugés (comme si, par exemple, vous n'aimiez pas Arcade Fire. C'est pas grave, The Paper Chase, c'est différent). Sinon comment pourrait-on découvrir de telles pépites ?


dimanche 31 janvier 2010

Faux bruit provenant d'une boîte de jouets


J'ai un gros ego. Ou alors c'est juste que je me protège de plus en plus, je me fixe des oeillères, je ne m'intéresse plus aux gens que je ne connais pas et que je ne rencontrerai jamais, qui peuvent secouer tous les médias pour des raisons diverses mais ayant un point commun : l'actualité. Les informations sont trop tristes pour être prises au sérieux.

De la même façon, je ne suis plus automatiquement à la trace tous les artistes qui traversent mes oreilles ou mes yeux. Fut un temps où je chassais les carrières, écoutais tous les albums solos de n'importe quel membre d'un groupe qui m'était important, connaissais toutes les notes de pochette, citais tous les titres de mémoire. Désormais je préfère adorer un disque tout seul dans mon coin et ne pas savoir si les gars et les filles qui y officient sont de petits nouveaux ou s'ils ont déjà vingt-trois albums à leur actif. Je trouve ça sain, de couper l'image du son. Ca évite les mauvais procès. Mais j'y reviendrai, pour dire du mal, pour une fois.

Là je n'ai aucune envie de dire du mal de Fake Noise From A Box Of Toys, un album de The Autumns, des types et sans doute des filles que je ne connais pas du tout. Ni d'où ils viennent, quels sont leurs autres disques, s'ils ont splitté ou pas, si ils naviguent dans une certaine communauté, si ils sont appréciés ou non. Je ne suis tombé que sur une chronique de blog, que j'ai oubliée, sauf la note : dans les soixante pour cent. Comme je déteste mettre des notes, je peux comprendre celle-ci, mais de mon point de vue, cette pop un peu bruyante qui peut sembler complètement banale, totalement dans l'air du temps, qui pourrait donner du "oui ok mais bon, j'ai du lait sur le feu" a pourtant plus de qualités qu'elle en a l'air. A commencer par son batteur, inventif à souhait, jamais hors sujet, plutôt comme une seconde voix. Du coup la musique de The Autumns me semble bien plus ciselée. Et c'est comme ça pour tout : les choeurs, les mises en place... les petites originalités s'accumulent. Cela en devient unique.

A partir de ce moment, ils ont gagné ma confiance, je leur fait de la pub, je réécoute régulièrement ce disque, je ne les oublierai pas. Mais la partie est finie, car l'angoisse pointe. L'angoisse de la déception. Trop peur d'être déçu ou moins enthousiasmé par leurs autres disques. Trop peur de perdre mes illusions. Trop peur d'être trahi une fois de plus. Armure enfilée, casque enfoncé, je peux continuer à aimer The Autumns et leur Fake Noise... Rien ne dit que je ne vais pas craquer un jour. Mais pour l'instant, on ne bouge pas. Parce que des fois, il vaut mieux ne pas savoir.

vendredi 11 décembre 2009

Tout nu et botté


J'ai déjà parlé du leader Buzz Osborne des Melvins, ici, et si vous aimez les manèges à sensations et la saturation, je ne saurai que vous conseiller de vous ruer sur son groupe originel et culte (The Melvins, donc). Groupe très productif et toujours très confidentiel malgré ses vingt ans et des poussières de carrière, car n'ayant jamais émis la moindre concession. Entre expérimentations sonores à la limite du supportable et métal joyeux, entre country pour rire et riffs décalés, le tout sous une chape de plomb-marque de fabrique, on a toujours fait ce qu'on a voulu, chez les Melvins. Même si finalement, leur son est reconnaissable immédiatement et qu'à la suite de sorties incessantes d'albums, leurs morceaux semblent être toujours les mêmes, les idées tombent rarement à plat. La preuve dans ce Nude With Boots de 2008, ni le meilleur ni le pire, juste un bon disque qui propose l'avantage d'être assez simple d'accès. L'âge, sans doute. En tout cas, un bon début pour s'initier.

Folle de rage de les avoir loupés aux Eurockéennes de Belfort suite à une programmation défaillante, la groupie hystérique en moi ne rata pas l'occasion de courir les voir dans une petite salle où à peine deux cents personnes s'étaient déplacées pour l'occasion. En première partie, Porn, un groupe français que je ne connais ni d'Eve ni de Rocco, et sur lequel je vous invite à faire des recherches vous-mêmes, car je n'en ai franchement pas le courage, là. Du coup, je n'ai vraiment pas compris qui étaient les membres de cette première partie muette mais sonique. Un type entre en scène, enfile une guitare, se place devant une console et commence à triturer moults boutons et potentiomètres, ce qui nous gratifie de serpents dignes de Jesu, vire psychédélique, et dure un bon quart d'heure. Sur quoi arrivent un bassiste et deux batteurs, dont Dale Crover, la machine métronomique pleine de technique des Melvins. Ah ? Sympa, hé. Surtout que ça tombe bien : les deux batteries sont au milieu de la scène et partagent des cymbales. Crover est droitier, sa batterie est à gauche de la scène, tandis que son comparse est gaucher, son kit à lui est donc à droite. Et ils jouent de concert (huhu). Ou se partagent les tâches. Ca tabasse sec après une intro pleine de coups feutrés sur les cymbales, partis pour deux fois vingt minutes de métal basique mais planant : la répétition et les serpents tournoient dans l'air. Ca commence bien, même si personne ne cause. Pause.

Puis arrive King Buzzo (à un mètre de moi, je souris bêtement béatement), encore plus gros, sa tignasse grise toujours folle, drapé d'une robe de bure noire ornée d'un étoile entre les pieds, sa guitare entièrement argentée tranche dessus. Dale Crover reprend sa place. Et sans pédales d'effet ni archet ni jeux de lumière clinquants, les Melvins canal historique singent les White Stripes ou les Black Keys en enchaînant une dizaine de titres très courts, se partageant même le chant. Rigolo. Mais bon, manque le son, quand même. Manque la lourdeur. Mes craintes disparaissent lorsque le second batteur revient (mais est-ce le même ?), affublé d'une robe hindoue, accompagné d'un autre bassiste perruqué barbu à chemise hippie. Et c'est reparti pour une petite vingtaine de minutes de tabassements. Et nom de dieu ce que ça joue, ça aligne les breaks pas évidents et les ambiances poisseuses, ça improvise aux batteries pour enchaîner les titres, les quatre zouaves alignés chantent tous, transpirent tous énormément, mais jamais ne semblent s'ennuyer. Puis Buzzo lance "We'll be right back". Pause deux.

Retour des quatre mêmes, cinquante nouvelles minutes de titres assemblés comme des Lego, aucun temps mort, juste un arrêt pour que nous chantions tous un joyeux anniversaire à Garreth (je crois), le roadie, attrapé et jeté par terre par le hippie alors qu'il venait de se faire piéger par le bassiste (c'est le même pour ceux qui suivent pas) qui avait soi-disant un problème d'ampli. Car oui, on sait aussi rire chez les Melvins. Ca se termine sur une impro à deux batteries, pas d'embrassades, pas d'adieux déchirants, pas de ce n'est qu'un au revoir, juste un peu plus de deux heures trente de sons. Pour vingt-deux euros (je balance, ouais, parfaitement). J'ai peut-être bien fait de les louper aux Eurocks finalement. Et pour finir, une phrase à cliquer pour avoir une idée de ce que je viens de relater.



lundi 2 novembre 2009

The little red rock book


C'est vrai, ceci n'est pas un disque. Mais il serait tellement dommage de passer à côté de ce livre que je ne peux m'empêcher de vous en parler. Surtout qu'il vient d'être réédité, avec trente planches supplémentaires, et que j'hésite carrément à me l'offrir une seconde fois. Hervé Bourhis a fait des miracles, il a réussi à stigmatiser l'esprit rock dans cet épais livre au format d'un 45 tours, Le petit livre rock. Un historique décliné en pochettes, logos, portraits redessinés, agrémentés de courtes légendes très justes. Une liste non exhaustive mais pertinente, subjective, drôle, le contraire d'une liste des mille meilleurs albums de rock, et ça, ça fait du bien.

Je pense que pour l'instant, cette suite d'illustrations (ce n'est pas de la bd même si quelques strips parsèment l'ouvrage) est ce que j'ai pu voir et lire de meilleur sur le sujet. En enlevant l'analyse et les discussions interminables, Bourhis s'attarde sur les à-côtés, l'histoire, replace les disques dans leur contexte, et arrive ainsi à retracer l'évolution des moeurs et des sentiments partagés au XXème siècle. Il va plus loin en en disant moins. Et surtout il n'y a aucun parti pris, nous permettant de nous retrouver aussi à travers les découvertes de Bourhis et ses changements de look. Même si je ne partage pas tous ses goûts et que certains de mes chouchous ne sont pas cités, il en arrive néanmoins à parler de tous les genres, tous les styles, et élargit le rock à sa vraie nature : non pas un style musical précis dont la définition serait tirée d'un dictionnaire ("n.m. Genre musical basé sur un orchestre composé d'une guitare , d'une basse électrique, d'une batterie et d'un chanteur"), mais bien un esprit artistique décliné en d'innombrables courants. Rien que pour ça, ce livre mérite le respect.

Dans un autre genre, plus disparate puisque collectif, n'hésitez pas non plus à vous jeter sur Rock Strips, plus orienté bd mais très bien documenté et surtout intéressant pour la vision personnelle des auteurs sur un de leur groupe fétiche ou qui les a marqué. D'autant plus agréable que les Rolling Stones y côtoient LCD Soundsystem. Vivent les mélanges !

vendredi 31 juillet 2009

Un juste avertissement


D'aussi loin que je me souvienne (c'est-à-dire l'école primaire, à peu près), j'ai toujours détesté les manifestations machos empreintes de la loi du plus fort, du meilleur, du plus grand. Autant dire que les héros de la guitare ou plutôt les hérauts de la guitare, ça convient bien mieux, m'ont toujours laissé froid. Qu'est-ce que ça peut faire de pouvoir faire deux cents notes à la seconde et d'avoir des doigts de trente centimètres de portée ? Et tout ça, c'est de ta faute, Jimi Hendrix. Ils n'ont vu en toi qu'un phénomène de foire, en oubliant que la musique était surtout portée par le coeur qu'on y mettait, et la nonchalance à faire sonner juste (et puis bien sûr ils ont oublié ta voix chaude que je trouve toujours touchante, les nuls). Alors bien sûr, un minimum de technique est requise, et plus la technique est bonne, plus les notes viendront facilement. Mais voilà, les gars en récré, ils grandissent sans mûrir, ce qui a pour conséquence qu'ils adorent les types qui font des trucs incroyables avec une guitare dans les mains. Pfff.
Du coup, lorsque Eddie Van Halen a débarqué, on eut droit à une horde de hardos qui eurent leur dieu à vénerer, celui qui avait pondu Eruption. Eddie, c'est le plus fort, et pis en plus, il fait un truc de fou, il tape sur sa guitare avec ses doigts, ça fait un son, t'y crois pas, incroyable le nombre de notes, la vitesse de dingue qu'il a ! Trop bien, je vous le dis, les gars, ça c'est du rock.

Et mon cul c'est du poulet.

Trente ans ont passé, il est donc temps de réhabiliter Van Halen, le groupe. Pour plusieurs raisons : David Lee Roth (qui est l'instigateur de ce nom), leurs compositions, leur humour, leur bonne humeur et la durée de leurs disques. Inutile de dire qu'après la période David Lee Roth, il ne faut rien garder. Et je suis indulgent, vu que leur sixième et dernier album ensemble, 1984, est catastrophique.

Les albums de VH (j'ai la flemme, ok ?) durent en moyenne trente-cinq minutes, ce qui permet, premier avantage, d'en écouter d'autres, et, deuxième avantage, de ne pas trop lasser. Surtout qu'en général, on y trouve des reprises de tubes des années 60 (le Pretty Woman de Roy Orbison, le You Really Got Me des Kinks, par exemple), des interludes guitaristiques rarement ennuyeuses ou creuses, plutôt motivées par l'expérimentation et la recherche (comme Spanish Fly sur leur second album bien nommé II ou encore Cathedral sur Diver Down), des chansons où le groupe tourne au jazz de la Nouvelle Orléans ou décide de faire du Platters, et enfin des choeurs tout le temps. Mais tout le temps, sur tous leurs titres. Et on appelle ça du hard-rock - laissez-moi rire.

Alors pourquoi choisir ce Fair Warning pour parler de ce groupe mésestimé (surestimé d'un côté tout ça parce que les gars des récrés, hein, et haï de l'autre car justement, les gars des récrés, en face, ils comprennent rien à Joy Division, les nuls) ? Parce que, petit un, c'est leur meilleure pochette. Petit deux, ils perdent sur celui-ci la légèreté qu'ils affectionnaient jusqu'à lors, deviennent un peu sérieux : pas de reprise, pas d'interlude ici. Et petit trois, il s'agit de leur album funky : la basse n'a jamais été aussi présente, la batterie si relativement modeste et la voix de David Lee Roth plus sensuelle.

Non, vraiment, un panthéon et des prix d'excellence pour ce groupe ne sont pas nécessaires. Mais comme récré, on a rarement fait mieux.

Et pis tiens, petit cadeau, ça me fait plaisir.


mercredi 24 juin 2009

Vierge à nouveau


Si j'avais des lettres, je citerai Oscar Wilde, je paraphraserai Rimbaud, afin d'étayer mes propos sur la jeunesse. Celle sortie de l'adolescence, surtout, toute folle, sa puissance incontrôlée, toute l'énergie qu'elle peut engendrer. J'en étais là quand ce Going Blank Again d'un autre quatuor anglais (Ride pour les citer une bonne fois) débarqua chez moi. Eux non plus n'avaient pas trouvé de canalisateur, tout jeunes et beaux qu'ils étaient, heureux, enthousiastes tels des enfants à la plage à s'amuser avec les meilleurs jouets du monde : guitares, amplis, pédales d'effets et toms-toms.

Comme toute fougue juvénile, Going Blank Again pourra générer de l'agacement, dû à un manque de profondeur, une musicalité peu recherchée, avec des voix de filles (mais en fait, ce sont des garçons romantiques) qui ne disent pas grand chose - c'est-à-dire ce qu'on veut bien entendre. Soit. Ce serait oublier deux titres pop directement inspiré des Beatles, les Fab Four incontournables, et huit autres où la grandiloquence véhémente des Who côtoie des sous-riffs de Sonic Youth. Plutôt que de se poser et de poser, une seule règle semble régenter ce disque : l'urgence. Vite, bientôt je saurai faire des solos, vite, je saurai même utiliser un clavier, vite, avant de me transformer en cliché du rock and roll forcément malhonnête.

Alors, musique basique, wah-wah et flanger à bloc, lalala aigus, batteur déchaîné, ça vole pas haut ? Si. Parce que loin de tout produit formaté. Parce que sans calcul, parce que brut malgré une production aux petits oignons. La jeunesse dans ce qu'elle a de meilleur : vivante. Vierge de tout doute, timidité, cruauté, ignorance, souffrance. Un lumineux hommage aux écrits de ces lettres que je ne possède pas.


lundi 1 juin 2009

Floue


Tout arrive. Même l'achat d'un Blur, à la grande surprise de mes amis - j'avais encore réussi à les estomaquer, des fois je m'épate tout seul. Alors que je croyais ce groupe perdu pour le bon goût, leur Parklife mêlant trop d'influences anglaises pour ne donner qu'une poignée de jolies pistes, il vira de bord avec ce Blur bien nommé. Sans doute perturbés par l'écoute de Pavement, et sans doute usés par la tournée d'un Great Escape vendeur mais ô combien soporifique, nos quatre Anglais décident donc, en cette fin d'année 1996, de faire du lo-fi, avec titres sales et saturation omniprésente. Mais pas que.

Plutôt que de refaire le coup de Parklife et de parodier tout ce que l'Angleterre a engendré comme styles musicaux, Albarn et ses copains s'achètent une virginité et une sincérité : autant le punk Bank Holiday semblait anecdotique et figé, autant le Chinese Bombs ici présent ressuscite le Clash des débuts. Beetlebum s'impose comme un single étonnant au riff ni trop alambiqué ni trop classique, Song 2 le rageur finira d'imposer la nouvelle image d'un groupe qui a tenté le tout pour le tout. Aucun titre superflu, chacun dans son rôle (electro, hypnotique, quasi instrumental...), chacun donnant les clés de la nouvelle demeure de Blur, du côté des Etats-Unis : même celui qui sonne le plus britpop s'appelle Look Inside America.

Non seulement ce disque est très très bon, mais en plus, il est une leçon. Il n'en est pas le seul exemple, mais il illustre parfaitement ce courage qui paie, celui de se montrer sous son vrai visage. Quitte à être flou.