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mardi 20 mai 2014

Détroit, Rockhal, Esch-sur-alzette, 06/05/2014


Je ne savais pas trop à quoi m'attendre du concert de Détroit, le nouveau groupe de Bertrand Cantat, ancien chanteur et parolier poétique de Noir Désir. J'avais un peu peur que l'ambiance soit trop feutrée, que la reprise électronique de Avec le temps de Léo Ferré n'arrive pas à égaler Push The Sky Away de Nick Cave & The Bad Seeds vus sur la même scène quelques mois auparavant. Je craignais un public en manque de Noir Désir qui serait trop pressant pour laisser un nouveau groupe s'exprimer. Mais au final rien de tout ça.

Il suffit de regarder la setlist pour comprendre à quel point je me fourvoyais. Plus de la moitié des titres furent des reprises de Noir Désir. Et même d'un peu toutes les périodes. Et même parfois un peu arrangées différemment, comme le passage disco dans Tostaky.

Car le public était finalement là pour ça. Pour Bertrand, pour revivre leurs jeunes années de fans de Noir Désir, après douze ans d'absence et autant de déconfitures (Skip The Use, Shaka Ponk, BB Brunes), le public voulait ce retour, cette flamboyance inégalée. Pas que les groupes que j'ai cités soient mauvais ou malhonnêtes, pas du tout. Ils ne s'élèvent pas dans les mêmes sphères, c'est tout.   L'arrivée sur scène fut pratiquement une ovation, un immense "enfin" sifflé et applaudi par trois mille impatientes et impatients. Cantat est clairement cet atout supplémentaire, même si bien évidemment ses textes ne rivalisent pas avec ceux des écrivains rock que sont Gainsbourg ou Bashung, ils s'approchent de la meilleure chimie entre poésie et rock : du rock de bayou, qui doit tant à Nick Cave et au Gun Club, qui sonne enfin avec cette intraitable langue française. "C'est cool de vous voir." nous lance-t-il au bout de deux ou trois titres. Il était en super forme, le poète maudit, sans problème de voix, joyeux, l'envie d'en découdre. Et le groupe aussi, des musiciens carrés, incapables de faire une erreur, qui connaissent aussi bien leurs larsens que leur gammes. Mais qui n'ont rien à voir avec les membres de Noir Désir. De façon flagrante, Serge Teyssot-Gay manquait. Son jeu piqué à Marc Ribot et aux bluesmen était la deuxième couche qui faisait la spécificité de Noir Désir. Ajoutez Bertrand Cantat qui fait des blagues pas drôles entre les morceaux, j'ai un sale arrière-goût de rock allégé, qui disparaît dès que le chant reprend. Heureusement que Détroit passe par moments. Avec une contrebasse, un violoncelle, des boucles electro, un violon, de la vidéo montée au millimètre, l'ambiance bascule. Elle rappelle que leur disque est réussi. Peut-être pas abouti, la faute aux textes trop abscons pour s'y attacher, mais il n'est ni une parodie de rock ni un changement radical. Il est une suite logique. Pas de reprise de Avec le temps, mais elle aurait été bienvenue, juste avant le premier rappel, histoire de faire encore mieux cohabiter les deux mondes dont l'un restera un souvenir.
Autant dire qu'avec deux concerts en un, des musiciens enthousiastes et un public ravi, l'ennui n'a jamais pointé. Le spectacle est rôdé. Des années de scènes les précèdent, même dix ans d'absence n'en auront raison. Cantat a raison. C'était cool de voir son nouveau groupe.

vendredi 22 novembre 2013

Nick Cave & The Bad Seeds, Rockhal, Esch-sur-Alzette, 15/11/2013


Récemment des amies m'ont imaginé femme. J'aurais vingt-huit jours de règles par mois et Kim Gordon comme groupie. Cela m'a extrêmement flatté, mais pas seulement pour Kim Gordon : je n'aurais jamais imaginé qu'on puisse m'accepter dans un autre genre. Je ne ferais donc pas seulement partie de la catégorie des oppresseurs, je pourrais être une femme comme les autres. Et comme la plupart des filles que je côtoie, je serais amoureuse de Nick Cave.

L'homme le plus classe du monde après Bowie, cinquante-six ans au compteur, aura marqué le monde de son univers de cabaret remplis de freaks et de meurtriers, enrobé d'une voix grave et d'un physique de Corto Maltese. Le ténébreux, le corbeau ultime.

Ce soir à la Rockhal, la première partie est tenue par une fille sans artifice, qui chante magnifiquement dans des tonalités graves et pincées, entre Patti Smith et PJ Harvey, mais seulement accompagnée de son accordéon horizontal. C'est chouette mais ne colle pas du tout à la salle. Ce serait mieux dans un bar, un club. Elle part comme elle est arrivée, ayant réussi à déprimer un peu tout le monde, surtout qu'aucun jeune de moins de trente ans n'a semblé s'être déplacé pour les mauvaises graines. Ca me déprime encore plus.


Mais les Bad Seeds vont secouer tout ça. En gros, à chaque morceau, je me disais "Putain c'est magnifique". De We No Who U R à Push The Sky Away, tout le set revisite de vieux titres mélangés à ceux du dernier en date. Dès le second morceau, le superbe Jubilee Street, le groupe s'emballe et conclut la chanson telle qu'elle devrait être sur le disque : rageuse, progressivement en colère, explosive. Tupelo en troisième position : ok, on sait que tout sera bon, que la tension ne baissera jamais, que le spectacle sera au niveau, que la basse sera toujours menaçante, qu'on parle aux tripes. Aux fondements.

Au milieu de draps rouges de théâtre, rappelant Twin Peaks et son univers dérangeant, le groupe désormais privé de Blixa Bargeld et de Mick Harvey enchaîne parfaitement les ambiances, sait déraper comme se faire discret, soutenir son chanteur comme s'il s'agissait d'une diva de stade. Des pros. Des musiciens. Mais qui savent aussi ce qu'est le rock, et deviennent berserk, même avec un violon ou une mandoline électrique (ces deux derniers instruments étant joués par le nouveau bras droit de Nick 'Corto Maltese' Cave, Warren 'Raspoutine' Ellis).

The Mercy Seat puis Stagger Lee sont d'anthologie, Cave s'amuse avec les filles du premier rang, leur prend la main, les colle sur son coeur, tandis qu'il pleure presque sur le sort des personnages qu'il incarne, tandis que parfois le groupe imite les coups de feu, un quart d'heure de manège. Il saute, martyrise son piano droit, balance ses bras élastiques, prend des poses de surfeur, c'est un showman, un entertainer, un comédien, un humoriste, un prêcheur, un type normal qui parle au public en ami. Il charme tout le monde, capture la salle, otage. 



Push The Sky Away, dernier titre avant le rappel et dernier titre de l'album, rassemble la posture de Léo Ferré et du trip-hop minimaliste, c'est poignant, envoûtant et hypnotique ; jamais je n'aurai voulu faire une pause toilettes, et jamais je n'avais vu un groupe être à la fois aussi précis et autant honnête dans ses valeurs et sa personnalité. Car toute la tournée semble être du même acabit. Toujours intense, toujours parfait, toujours sincère.



Le rappel dure cinq titres, sans doute plus qu'à l'accoutumé, le patron semblant à l'aise et regardant ses compagnons avec les yeux interrogateurs alors que la salle crie les titres qu'elle aimerait entendre (ce sera The Weeping Song, si ça se trouve ils vont mettre en place le système de pancartes de Bruce Springsteen) et se termine, pour près de deux heures parfaites, sur une interprétation grandement punk de Jack The Ripper.

A l'image de la première partie, et comme le disait mon pote John 'Obi' Scandal, on aurait aimé voir ça dans une petite salle de cinq cent personnes, dans un club, dans un grand bar. C'aurait été encore mieux, il aurait pu m'offrir à boire en plus de me dédicacer une chanson. J'espère qu'il y aura un dvd de la tournée.

Raaaaah j'en veux encore !

lundi 11 novembre 2013

Metz, Exit 07, Luxembourg, 01/11/2013


L'Exit 07 est une petite salle. En fait c'est un bar spacieux sans tables qui serait localisé dans un hangar un peu à l'écart. Deux cents personnes et c'est plein à craquer quoi. C'est super, j'ai l'impression qu'on va être au milieu de la scène, que les gars vont jouer autour de nous. Ca annihile l'impression complètement fausse que ces types pourraient être différents ou spéciaux. Meilleurs, courageux, un peu fous, loin de chez eux, mais pas différents. Et ça marche pour beaucoup, mais pas pour les vrais fêlés genre Lou Reed.

Ce soir, c'est METZ, groupe de punk hardcore originaire du Canada, et qu'on a beaucoup comparé à Nirvana mais j'y reviendrai. Ca commence avec les Cheatas, un groupe de quatre Anglais qui font un revival shoegaze plein de pédales d'effet, mais qui n'a pas oublié de s'énerver par moments. On est loin des sons éthérés de Lush, et ça sonne vraiment pro, carré. J'aime bien. Ca m'étonne même, je pensais que plus personne ne faisait ce style de rock. Les cycles sans doute.

Et puis Metz, après une courte pause changement de set. Pourquoi Nirvana donc ? Déjà pour la formation : un (power) trio guitare-basse-batterie, avec un blondinet qui chante et tape sur sa guitare Jazzmaster, et un batteur qui arbore la même coupe que Dave Grohl en 1993. Mais il a beaucoup moins de fûts. En fait, il a le strict minimum en plus de la caisse claire, du charley et de la grosse caisse : une crash, une ride, un tom basse et un tom medium. De même pour les amplis. Un gros Orange de Fender, et un gros frigo pour la basse de marque inconnue. Ensuite, deux groupes signés par Sub Pop. Et puis, le dos de la pochette de leur album est une parodie du dos de la pochette de Bleach, le premier LP de Nirvana.

Nirvana


Metz


Enfin, un genre commun, le punk-rock. Basique, explosif. Sauf qu'en fait, avec ses petites lunettes et ses hurlements, le chanteur Alex Edkins me rappelle surtout le Steve Albini version Shellac. La musique et ses comparses confirment. Nous sommes en présence de la branche Black Flag du punk, au son modernisé, dense, rampant, qui lance de véritables déflagrations. Et ne cherche surtout pas la mélodie ou le blues que Nirvana s'appropriait, ce qui leur a valu d'être aimé de tous, de voir les fêlures de Kurt Cobain. Ici, seules comptent l'énergie et la simplicité. En moins de trois morceaux, tous seront trempés de sueur, Alex Edkins aura postillonné l'équivalent de deux seaux, le tout sans ligne de chant à laquelle se raccrocher. Uniquement le cri primal des Sex Pistols, mais maîtrisé depuis le son à la réalisation en passant par la présence scénique. Nous étions peu, mais tout le monde a rapidement eu envie de voir le phénomène de plus prêt ; malgré la timidité relative de ce genre de public, Metz mit directement les choses au clair : impossible de résister à l'appel de la pieuvre.



Pendant une heure et quart, le groupe alterne les assauts et les questions. Il nous demande si il faut rester sur place ou aller boire des bières ailleurs, si d'autres bars sont plus sympas, si on ne fête pas Halloween ("C'était hier mais vous avez raison de pas être déguisés, c'est de la merde, Halloween."), si on s'amuse, si on est contents de la première partie, que le prochain morceau est nouveau et qu'il n'a pas encore de titre, et qu'il y a des t-shirts en vente. Je n'aurai malheureusement pas le temps et le courage de les interpeller pour savoir s'ils avaient l'intention de visiter la ville de Metz, à soixante kilomètres de là, ou si d'ailleurs ils l'avaient déjà fait. Si ils suivent encore Shellac, ça viendra.

Ils concluent sur Wet Blanket, évidemment. La partie centrale du morceau se prêtant aisément à des expérimentations sonores, le groupe en profite pour larsener jusqu'à plus soif, se rouler par terre, jouer debout sur la grosse caisse alors même que le batteur Hayden Menzies continue à taper et que le bassiste Chris Slorach pogote tout seul. Mais il y aura un rappel : Neat Neat Neat de The Damned.

Tant de professionnalisme et d'efficacité me conforte dans mon opinion que le punk n'est pas aussi simple que sa réputation. Pour arriver à conduire cette carne sans difficulté alors qu'elle ne cherche qu'à s'échapper, le travail a dû être long. Cela s'entend même sur l'album. La seule inconnue, c'est l'évolution : deviendront-ils plus sophistiqués, perdant ainsi cette spontanéité si durement élaborée ? Ou continueront-ils à enlever des cordes de guitares, des têtes d'ampli ?


mercredi 24 juillet 2013

Neil Young, Rockhal (Luxembourg), 11/07/2013



20h. Le premier truc vraiment fou, c'est le monde qu'il y a. C'est blindé. Je crois pas avoir déjà vue la Rockhal aussi remplie. Y a surtout des vieux (enfin, des plus vieux que mes potes et moi), pas mal d'Allemands, quelques jeunes, plein de T-shirts trophées (Crosby Still Nash, Neil Young and Crazy Horse, j'ai même vu un Wilco), quelques gothiques ou presque. Passons sur le stand pizza et les bières à trois euros cinquante.

20h55, le concert commence. C'est un show, je comprends mieux le prix : l'infrastructure et le matos déployé sont dignes d'un concert de U2, mais en plus petit : deux écrans géants déguisés en écrans cathodiques de chaque côté de la scène, des faux amplis géants sur scène, des caméras partout avec un monteur qui envoie tout ça sur lesdits écrans, des lights impressionnants, et un petit spectacle sur scène alors que la bande son est A Day in The Life des Beatles. Les techniciens sont grimés en scientifiques, blouses blanches et barbes, et s'affairent à ouvrir les boîtes contenant les faux amplis (les fausses caisses d'ampli sont levées par des poulies en haut de la scène), un micro géant descend du ciel. C'est marrant, puis une fois que c'est fait et A Day in The Life finie, le drapeau luxembourgeois s'affiche au fond, et retentit l'hymne luxembourgeois (que je n'avais jamais entendu) tandis que tout le monde, y compris Neil et le Crazy Horse au complet, se mettent la main sur le coeur au garde-à-vous. C'est très drôle et j'aime beaucoup.

21h et des brouettes, le Crazy Horse attaque avec Love and Only Love, et je suis frappé par la scène qui ressemble tellement à celle du Weld.



Malgré son grand âge, Neil envoie le son à fond, tout comme ses comparses, et ils semblent ridicules au milieu de leurs énormes amplis, mais je trouve ça beau, autant de dévotion au rock et au gros bruit (mais le son est excellent et pas trop fort). Neil parle : "How are you doin ?".

22h, le groupe a fait quatre titres et approximativement 48 solos de guitares, la tristesse est palpable à chaque accord, on s'emmerde un peu, l'introduction joyeuse est oubliée. Le Loner et ses potes enchaînent deux accords plombés et lourds alors que la lumière se fait rare et que les ventilos de la scène projettent de plus en plus de trucs dans l'air. Neil martyrise ses guitares plus toutes jeunes (il n'en aura que trois et semblent très personnelles), joue avec les boutons de son ampli qui est caché derrière les faux et dans la salle on crève de chaud. Je suis content de ce morceau bruitiste au possible pour des types de cet âge, commence à applaudir quand un type assis par terre, un vieux très gros, me dit en luxembourgeois que c'est pas la peine d'applaudir 35 minutes de bruit. Je le regarde, il est en sueur et torse nu, son polo en travers des épaules. Sur scène, l'orage arrive - tout ce bruit singeait un orage - et soudainement, la pluie est projetée partout sur scène. L'effet est saisissant mais au moins un quart de la salle s'est vidée. On enchaîne sur un pur morceau de rock avant de laisser Neil seul à la guitare sèche et à l'harmonica.

Il chante Heart of Gold et tout le monde est content, mais la suivante Blowin in The Wind de Dylan ne m'émeut pas alors que j'adore ce titre. Puis c'est l'heure du piano bar, le Crazy horse revient pour faire les choeurs et la guitare sèche tandis que Neil fait son crooner au piano. Une fille très jeune, genre Suicide girl replète mais charmante, se balade sur scène et traîne son désenchantement avec sa housse de guitare toute blanche. Le morceau est superbe, Neil l'intimiste est arrivé, tout le monde est happé. C'est le meilleur moment du concert.

 

22h20, on recommence comme la première partie mais avec des morceaux plus courts, ça envoie sec, mais personne ne veut chanter "Fuck her" sur le long Fuckin Up. Le groupe s'en fout après trois minutes de tentatives et continue. Il conclut sur Hey Hey My My, ça assure, on en est au 117ème solo de guitare, tout le monde est fatigué. Neil reparle : "Thank you, bye".

23h10, les faux scientifiques reviennent pour refermer les amplis et faire en sorte qu'il y ait un rappel. Ils reviennent, Neil reparle et fout le cafard en disant que nous sommes tous des enfants, des parents, qu'on a des parents, qu'on doit faire attention en rentrant et qu'en gros ON VA TOUS MOURIR. Neil, sois sympa, c'est pas encore le week-end, merde. Deux titres en rappel dont le lumineux Everybody Knows This Is Nowhere que j'adore mais qui manque de patate. Il est 23h30, on a fait deux heures et demi de Neil Young qui a le syndrôme Dogville : bien mais trop long. Surtout que je mettrai 35 minutes pour sortir du parking tellement y a de monde et que personne ne laisse passer personne, c'est le chaos. Rentré très fatigué. Mais content quand même : j'ai vu Neil Young & The Crazy Horse.

mardi 15 janvier 2013

En concert au vieux Waldorf



Avant l'avènement du numérique, avant les concerts complets sur les chaînes musicales de télévision ou du web, l'album live était une consécration. La finalité d'un groupe qui avait une certaine reconnaissance. Souvent trop produit, le live perd beaucoup de la spontanéité de la prestation, de l'ambiance, de sa valeur réelle. Du coup, comme beaucoup, j'ai souvent préféré les pirates, les bootlegs, les concerts à la radio que j'enregistrais sur mes cassettes (K7) Chrome ou Metal de deux fois quarante-cinq minutes.

Quelle chance maintenant : tous ces concerts disponibles, en bonne qualité, qui permettent de se faire une idée du niveau et du genre. Et franchement, techniquement, tout le monde est meilleur. Mais tout le monde est un peu formaté aussi. La pop-folk fonctionne ? Des dizaines de groupes se créent et diffusent immédiatement leurs créations dans ce style, avec un clip sympa à la clé. Beaucoup de savoir-faire, beaucoup de professionnalisme mais peu de fraîcheur, peu d'originalité ; parce qu'on ne peut pas tout avoir. Par contre, le live n'a plus ce statut d'album désiré et redouté, et n'est plus une compilation de diverses dates, mais une date entière. Pearl Jam et d'autres vendaient les clés USB du concert de la soirée à la sortie, pour pas grand chose : voilà le meilleur cadeau qu'un spectateur puisse se faire. Autre avantage : celui de savoir si le groupe vaut ses disques. Pas que cela ait autant d'importance (les concerts des Beatles sont pas loin d'être inutiles), mais ça évite les mauvaises surprises, les désillusions. Et un groupe qui ne semble pas intéressant peut devenir un bon moment de concert.

Mon premier Television fut ce pirate, un live qui avait été diffusé à la radio. A l'époque, le bootleg avait un son approximatif et brouillon, des passages coupés, un ordre différent et un titre erroné (Glory au lieu de The Dream's Dream). Grâce à cette réédition de Rhino, tous ces défauts sont des souvenirs. Même après avoir écouté Marquee Moon et Adventure, ce live resta mon chouchou. Toutes les versions présentes sont meilleures que les originales, à l'exception de (I Can't Get No) Satisfaction, qui prouve que Jagger est une des plus belles voix du rock et que Keith Richards avait le sens du riff. Mais Tom Verlaine et ses acolytes s'amusent bien avec ce standard, concluent un concert avec un retour aux sources du garage, de l'amusement. Loin de leur musique sophistiquée qui n'est ni du jazz, ni du progressif, ni du punk arty duquel ils émergèrent, mais un peu tout cela à la fois.

Quatre musiciens pas si musicaux que ça : Tom Verlaine n'a pas une voix très agréable qui flatte l'oreille, Richard Lloyd fait des fausses notes, Billy Ficca flotte parfois dans le rythme. On est loin de la maîtrise de The Police sur Regatta de blanc. Le propos est ailleurs. A l'instar du Velvet Underground, en utilisant leurs faiblesses ensemble, Television délivre un son unique, qui inspirera bien des groupes post-punk, à commencer par Sonic Youth, puis plus loin, My Bloody Valentine. Leurs digressions guitaristiques et leurs envolées instrumentales n'ont pas de réelle concurrence, et ils ne parviendront jamais eux-mêmes à égaler cette période.

Le concert commence avec une improvisation bruitiste, chacun dans son monde, cherchant peut-être à s'accorder, à chercher une note nouvelle, une impulsion. De la musique de chambre avec des guitares. Puis un riff d'intro et un break de batterie lancent la bande dans un rock énergique mais romantique, jusqu'aux dernières notes de Marquee Moon, le morceau fleuve bordé d'oiseaux et au riff décalé. Je le répète : même cette version est supérieure à la version studio. The Old Waldorf semble être une petite salle, avec un public restreint. C'est tant mieux, les meilleurs concerts ont lieu dans ce type de salle.


jeudi 22 mars 2012

Jour de colère


Faire du rock, c'est facile. Je sais de quoi je parle, j'ai moi-même (maître du monde) joué dans plusieurs formations. Enfin, jouer, c'est un grand mot pour mon niveau, puisque je suis de l'école Sid Vicious : aucune formation musicale. Appris sur le tas, grâce aux copains qui montrent quelques plans, expliquent les bases, donne des conseils et des exercices pour travailler. Quel que soit l'instrument (de rock basique, je précise, guitare basse ou batterie voire claviers) que vous choisirez, après un peu d'entraînement et quelques semaines à se faire mal aux doigts aux bras et aux jambes, vous pourrez commencer à jouer (en petit). Oubliez de suite les solos de Jimmy Page ou de John Bonham, concentrez-vous sur l'essentiel : faire sonner le bouzin.

Parce qu'après tout, parmi mes groupes favoris, certains ne savent pas jouer : The Velvet Underground, Joy Division, Pavement, Sonic Youth... Le punk ne vient-il pas de là, en réaction à tous ces types qui font du rock progressif (souvent ampoulé, rempli d'arabesques complexes à reproduire), à ceux qui se lancent dans des solos interminables de blues-rock, à ceux qui groovaient pendant des heures sans se lasser ? Le punk dit non au formatage, non aux études (ou alors "non aux studieux"), c'est pas parce qu'on n'a aucune compétence qu'on a rien à dire. Le jazz aussi vient de là, la rue. Et des disques de ces deux genres ont changé la face du monde.

Il faut de la motivation, des gens qui acceptent de vous accompagner, et un peu d'investissement, ne serait-ce que pour le matériel et le local. Le local, c'est le Graal. Puis il faut trouver sa voie. Le volume, la langue, l'attitude, la mouvance, voire les fringues. Se définir et s'identifier par rapport aux autres losers qui essaient de faire du rock (mais d'une autre catégorie) dans le local adjacent.

C'est là que ça devient intéressant. Parce que pour arriver à sortir du local, jouer sa première scène (de préférence devant un bar un 21 juin), il faut réussir à s'harmoniser, à trouver son son, ce qui fait que le groupe est unique. Même quand il ne s'agit que de reprises copiées-collées, il faut faire passer une personnalité. Le passage obligé, c'est lorsqu'il y a cohésion. Quand ça s'emboîte, chaque protagoniste à sa place, faisant partie d'un tout. Une entité capricieuse dont chacun est responsable, précisément au même instant t. Quand ça sonne et que le rendu est plaisant... je ne peux que comparer ça à un orgasme multiple.

Ce sont les meilleurs moments, autant pour les joueurs que pour les spectateurs. Même si ça arrive pendant le refrain de (I Can't Get No) Satisfaction.

A l'inverse, enregistrer un disque en studio est un véritable crève-coeur. Séparés, attendant des heures pour régler les micros et les amplis, jouant seul, reprenant vingt fois le même passage, se mettre tout nu devant une console aussi froide et déterminée que le HAL de 2001 l'Odyssée de l'espace, le groupe doit se faire humble. Accepté d'être aspiré de sa substance pour en faire un produit, un bout de plastique reproductible à l'infini (mais pas autant parce que bon, ça coûte, un pressage), des fichiers qui tiennent sur une clé USB. C'est un peu traumatisant. D'ailleurs je ne connais pas de musicien qui écoute son disque pour le plaisir. L'accouchement est trop douloureux, ce n'est pas moi, ce n'est pas nous, ce n'est pas notre groupe, c'est le résultat créé par le mix et le master. Personnellement, je préfère réécouter les répètes.

Voilà de quoi il est question dans Dies Irae, le double live de Noir Désir capturé lors de la tournée marathon de Tostaky, de ces moments avant le studio. Et je sais de quoi je parle, j'y étais. Après ça, après ce sommet (la descente de Noir Désir commencera juste après), mes potes et moi n'avions qu'une envie : monter un groupe. Vous voulez de la personnalité, une identité, une cohésion, de la puissance, de la voix tonnante ou frémissante, de la rage, de la reprise copiée-collée meilleure que l'originale, allez-y, servez-vous. Et bonne chance pour le 21 juin, parce que dompter le rock, c'est bien plus difficile que d'en faire.


jeudi 17 mars 2011

Présents jusqu'au bout



Je ne l'ai jamais rencontré. Nous étions amis virtuels, depuis des années. Cinq. Depuis que nous n'étions pas d'accord sur un article sans réel impact. Explications en Messages Privés, et voilà, je m'étais fait un nouveau pote. Qui avait de bons goûts. Qui m'a fait découvrir Modest Mouse, Young Liars et tellement d'autres choses. Qui m'a donné envie de redécouvrir Therapy?, des vieux de la vieille, des "indie" qui lorgnent vers le punk ou le hardcore. D'ailleurs ils reprennent avec le même bonheur Joy Division comme Hüsker Dü. Je peux le confirmer, leurs concerts dégagent comme rarement. La preuve sur ce double live sorti en 2010, We're Here To The End, trente-six titres toutes périodes confondues.

Ici, leur cause est entendue, tout le public connaît chaque chanson, chaque parole, et rend bien l'énergie déployée sur scène. Voilà ce que je qualifierais de festif. Contrairement aux groupes de plus de dix membres costumés qui parlent de fêtes et de beuveries. Tout le contraire de Therapy?, qui préfèrent limiter le nombre d'instruments (le strict minimum : un power trio guitare basse batterie), ne pas brailler, ne pas faire des solos de plus de huit mesures, parler surtout de toute la souffrance sans fard, en face, pour s'en défaire avec rage. Efficacité, concision, un coup de marteau de Thor. Un peu le credo de The Police. J'ai un souvenir vivace de leur reprise de Next To You avec Sting. Pas de souci, vous me remercierez après avoir cliqué.

J'ai envie de dire "Profitez-en ! Vivez ! Ecoutez ces types qui donnent de la joie ! Souriez !". C'est idiot, mais voilà, je ne l'ai jamais rencontré, nous n'avons que trinqué par écrans interposés, avons écouté les mêmes disques mais jamais dans la même pièce, avons ri ensemble sans s'entendre, nous nous sommes serrés les coudes sans se toucher. Avons été présents jusqu'au bout, jusqu'à toi, Tibou. Cette note t'est dédiée car tu nous manques terriblement.

vendredi 11 décembre 2009

Tout nu et botté


J'ai déjà parlé du leader Buzz Osborne des Melvins, ici, et si vous aimez les manèges à sensations et la saturation, je ne saurai que vous conseiller de vous ruer sur son groupe originel et culte (The Melvins, donc). Groupe très productif et toujours très confidentiel malgré ses vingt ans et des poussières de carrière, car n'ayant jamais émis la moindre concession. Entre expérimentations sonores à la limite du supportable et métal joyeux, entre country pour rire et riffs décalés, le tout sous une chape de plomb-marque de fabrique, on a toujours fait ce qu'on a voulu, chez les Melvins. Même si finalement, leur son est reconnaissable immédiatement et qu'à la suite de sorties incessantes d'albums, leurs morceaux semblent être toujours les mêmes, les idées tombent rarement à plat. La preuve dans ce Nude With Boots de 2008, ni le meilleur ni le pire, juste un bon disque qui propose l'avantage d'être assez simple d'accès. L'âge, sans doute. En tout cas, un bon début pour s'initier.

Folle de rage de les avoir loupés aux Eurockéennes de Belfort suite à une programmation défaillante, la groupie hystérique en moi ne rata pas l'occasion de courir les voir dans une petite salle où à peine deux cents personnes s'étaient déplacées pour l'occasion. En première partie, Porn, un groupe français que je ne connais ni d'Eve ni de Rocco, et sur lequel je vous invite à faire des recherches vous-mêmes, car je n'en ai franchement pas le courage, là. Du coup, je n'ai vraiment pas compris qui étaient les membres de cette première partie muette mais sonique. Un type entre en scène, enfile une guitare, se place devant une console et commence à triturer moults boutons et potentiomètres, ce qui nous gratifie de serpents dignes de Jesu, vire psychédélique, et dure un bon quart d'heure. Sur quoi arrivent un bassiste et deux batteurs, dont Dale Crover, la machine métronomique pleine de technique des Melvins. Ah ? Sympa, hé. Surtout que ça tombe bien : les deux batteries sont au milieu de la scène et partagent des cymbales. Crover est droitier, sa batterie est à gauche de la scène, tandis que son comparse est gaucher, son kit à lui est donc à droite. Et ils jouent de concert (huhu). Ou se partagent les tâches. Ca tabasse sec après une intro pleine de coups feutrés sur les cymbales, partis pour deux fois vingt minutes de métal basique mais planant : la répétition et les serpents tournoient dans l'air. Ca commence bien, même si personne ne cause. Pause.

Puis arrive King Buzzo (à un mètre de moi, je souris bêtement béatement), encore plus gros, sa tignasse grise toujours folle, drapé d'une robe de bure noire ornée d'un étoile entre les pieds, sa guitare entièrement argentée tranche dessus. Dale Crover reprend sa place. Et sans pédales d'effet ni archet ni jeux de lumière clinquants, les Melvins canal historique singent les White Stripes ou les Black Keys en enchaînant une dizaine de titres très courts, se partageant même le chant. Rigolo. Mais bon, manque le son, quand même. Manque la lourdeur. Mes craintes disparaissent lorsque le second batteur revient (mais est-ce le même ?), affublé d'une robe hindoue, accompagné d'un autre bassiste perruqué barbu à chemise hippie. Et c'est reparti pour une petite vingtaine de minutes de tabassements. Et nom de dieu ce que ça joue, ça aligne les breaks pas évidents et les ambiances poisseuses, ça improvise aux batteries pour enchaîner les titres, les quatre zouaves alignés chantent tous, transpirent tous énormément, mais jamais ne semblent s'ennuyer. Puis Buzzo lance "We'll be right back". Pause deux.

Retour des quatre mêmes, cinquante nouvelles minutes de titres assemblés comme des Lego, aucun temps mort, juste un arrêt pour que nous chantions tous un joyeux anniversaire à Garreth (je crois), le roadie, attrapé et jeté par terre par le hippie alors qu'il venait de se faire piéger par le bassiste (c'est le même pour ceux qui suivent pas) qui avait soi-disant un problème d'ampli. Car oui, on sait aussi rire chez les Melvins. Ca se termine sur une impro à deux batteries, pas d'embrassades, pas d'adieux déchirants, pas de ce n'est qu'un au revoir, juste un peu plus de deux heures trente de sons. Pour vingt-deux euros (je balance, ouais, parfaitement). J'ai peut-être bien fait de les louper aux Eurocks finalement. Et pour finir, une phrase à cliquer pour avoir une idée de ce que je viens de relater.



jeudi 9 octobre 2008

Suzanne Vega. Rock School Barbey 8 Octobre 2008


J'ai un problème avec les concerts, en général je passe les deux heures qui le précèdent à me demander si ça va bien se passer, si il va avoir lieu, si le chanteur va pas être malade ou aphone ou en pleine bagarre avec le reste du groupe pour une sombre histoire de T-Shirt flous. C'est ainsi que le 8 Octobre à 19 heures je suis à Bordeaux, cours Barbey, à me poser douze mille questions stupides tout en tentant d'exorciser mes craintes en écoutant The Last Shadow Puppets.

Les portes s'ouvrent, j'entre dans la salle (je n'avais plus fréquenté la Rock School Barbey depuis la fin de mes études universitaires en 92, je dois dire que je ne suis pas convaincu par la nouvelle disposition de la salle). Le moment le plus important d'un concert, c'est celui où l'on choisit sa place, ce soir je suis au centre de salle, dans l'axe du micro, accolé à l'escalier menant aux gradins.

Le noir se fait, une voix nous annonce "Welcome to New-York City, here's Suzanne Vega". Arrive notre star, toute de noir vêtue (chapeau, veste et pantalon + un magnifique T-Shirt Gene Harlow), flanquée de Jeff Leonard qui lui sert de soliste. Pour commencer le concert, Marlene on the Wall, une des premières chansons que j'ai aimé.

Je ne vais pas vous faire la playlist complète (ce qui m'est impossible, un ou deux titres ayant échappés à ma vigilance) mais le concert s'est déroulé dans la plus grande simplicité, enchaînement de titres tous plus accrocheurs les uns que les autres (Franck and Ava, New york is a Woman, Luka en version ralentie) et d'interventions à la fois drôles et touchantes (d'un running gag sur les progrès de Suzanne en français à une explication de in Liverpool et du nombre de chansons qu'elle écrit pour les gens qu'elle aime).

La première partie du concert se finit par Tom's dinner, chantée a capella comme il se doit, avec l'aide du public, certains fredonnant lors des refrains, la plupart se contentant de taper dans leur mains. A la fin du morceau, lorsque Suzanne prononce le cathedral, un effet de reverb dans le micro suffit à donner a la chanson un coté biblique fort mérité. Après nous avoir remercié et dit au revoir, Suzanne revient nous donner trois titres en rappel (dont Calypso, je ne m'étais jamais rendu compte à quel point cette chanson est forte et simple à la fois).

Les lumières se rallument après une heure et demie de bonheur simple et intense, et je repars avec des rêves pleins la tête (principalement à cause du concert, mais aussi parce que je suis épuisé) et heureux comme jamais. Pour tout ceux qui veulent passer une vraie bonne soirée, je n'ai qu'un conseil à donner, c'est d'aller voir Suzanne Vega.