lundi 8 novembre 2010

De station en station

Je vous présente ma monomanie du moment. Un disque de 1976, le dixième de son auteur, un vieux disque en somme, y compris pour Bowie, puisqu'il ne s'agissait pas non plus d'un essai. Rares, très rares sont ceux qui dans le rock ont accouché d'un dixième (ou d'un septième ou sixième) album qui soit aussi important, que ce soit pour son créateur ou pour les mélomanes. Et ce n'est pas nouveau, les Beatles n'en ont même pas fait dix. Même si en ce moment, j'ai l'impression que c'est pire. Regardez par exemple Arcade Fire, un groupe qu'on aime porter aux nues. Trois albums seulement en quoi, six ou sept ans. Et on pense déjà qu'ils sont peut-être finis, que l'aventure va s'arrêter. Bref, voilà une preuve de plus que Bowie est un extra-terrestre.

Je connais Station To Station depuis quinze ans, je l'écoute plutôt régulièrement, mais à l'occasion de sa réédition avec le live au Nassau Coliseum du 23 mars 1976 il y a peu, je l'ai redécouvert. Ca ne me pose pas de problèmes, au contraire. J'ai bien découvert Depeche Mode en 2001, Neil Young en 2007 et Prince cet été. Attention, quand je parle de découverte, je parle de comprendre ou du moins d'appréhender une oeuvre, un artiste, pas de n'en avoir jamais entendu un titre ou entendu parler. Par exemple, si vous pensez connaître Gainsbourg sans jamais avoir écouté son Histoire de Melody Nelson, alors vous ne connaissez pas Gainsbourg, pas vraiment. Je vais donc immédiatement vous donner la morale de cette chronique : ne jetez pas vos vieux disques avant de les avoir réécoutés au moins une fois.

J'ai toujours aimé Station To Station, mais à l'époque Wild Is The Wind ne me parlait pas. Je me disais "ça y est il fait son crooner, il se la raconte, le David, là, allez coco, je remets la première de dix minutes, celle-là est spéciale". Alors oui, la chanson titre de dix minutes est spéciale, mais finalement Wild Is The Wind l'est aussi. Parce que c'est une reprise, déjà, et puis parce que Bowie y fait plus que le crooner : il interprète. Avec une totale conviction, preuve qu'il ne pouvait faire qu'un bon acteur, à l'instar de Jacques Brel.

Et me voici donc non plus devant un album qui n'était qu'une prémisse de son (à mes yeux) plus grand disque (le très instrumental Low), mais devant son complément, celui où Bowie ne fait pas que redéfinir la funk, un album où il se transforme en chanteur. Libéré de ses oripeaux glam, de ses doppelganger Aladdin Sane et Ziggy Stardust, de ses attributs de rock star, de compositeur de tubes, d'icône bisexuelle, Bowie se montre simplement en costard. Et chante. En Thin White Duke, un nouvel avatar... mais d'où sort-il, cet avatar ? D'un roman de Chandler, d'un film de Bogart ? Aucune idée, ma culture s'arrête rapidement. Ce n'est pas un nouveau personnage que Bowie crée ici, mais plutôt une nouvelle musique. Le groupe nouvellement composé qui l'accompagne ici participera aux quatre albums suivants, autant dire l'intégralité de la période la plus recherchée et avant-gardiste du charismatique dandy. Des musiciens précis et flexibles, ouverts et plein d'idées, comme on en trouve chez Zappa.

Vous connaissez ces critiques qui décortiquent chaque titre d'un album ? Celles qui désossent complètement pour en faire une description complète, que l'on sache ce que l'on écoute ? Je déteste ce genre de chronique. Et pourtant j'ai très envie de le faire. Car ce ne sont que six titres et trente-huit minutes. Mais de ce genre de minutes qui altèrent la réalité. Soyez gentils, suivez les liens. Les dix minutes de la chanson titre sont folles, et les vingt-huit qui suivent ne sont pas en reste, il y a le choix : des ballades ténébreuses, de la funk cadrée incendiaire, de la chanson potache, des ponts en apesanteur. Un seul mot définit ce disque (et le concert bonus ne fait que le démontrer) : classe.

PS : Vous avez peut-être remarqué (mais franchement ça m'étonnerait) que je fais référence ici à des disques dont j'ai déjà parlé ailleurs sur ce blog, à chaque fois en comparaison ou en lien, ayant sans doute trop peur de m'y frotter. Ceux qui retrouvent les articles concernés auront toute ma considération.

jeudi 14 octobre 2010

Golf



Playlist pour un neuf ou dix-huit trous :

1. Prince 1999
2. Stevie Wonder Sir Duke
3. David Byrne & The Dirty Projectors Knotty Pine
4. Eels That Look You Give That Guy
5. The Paper Chase This Is Only A Test
6. Dark Night Of The Soul Just War
7. PJ Harvey Dear Darkness
8. Joe Henry Civilians
9. Serge Gainsbourg Monsieur William
10. Pulled Apart By Horses High Five, Swan Dive, Nose Dive
11. Quasi Ape Self Prevails Me In Still
12. Helms Alee A New Roll
13. One Day As A Lion Wild International
14. Jawbox U-Trau
15. Ultra Vomit Boulangerie Patisserie
16. Liars Scissor
17. Qui Echoes
18. The Shins New Slang
19. Heatmiser See You Later
20. Joseph Arthur There's A Light That Never Goes Out

vendredi 30 juillet 2010

Ecartelé par des chevaux

Voire même écartelé par les chevaux en furie des quatre cavaliers de l'Apocalypse. Parce que ça tabasse sévère, en Angleterre, sur ce Pulled Apart By Horses du groupe du même nom (Pulled Apart By Horses, vous l'aurez compris). Ce qui est à la fois bien et pénible, avec ce disque et donc ce groupe, c'est que je suis incapable de trouver à quel courant, genre, style, il appartient. Quelle étiquette lui coller. Et rien que pour ça, c'est remarquable. Pourtant, rien d'extravagant ici. Pas de psychédélisme ou d'instrument exotique, pas de longues plages torturées ou incompréhensibles, pas de titre qui mélange les influences reconnaissables, et pourtant, pas de sonorités inédites. On me souffle que cela ressemble à The Bronx, mais je ne connais pas. Donc, tout de suite, un exemple de Pulled Apart By Horses, à savoir un des titres que je préfère. Comme ça, vous savez tout de suite de quoi on parle.

Alors ? Vous voyez ça comment ? Comme un Enter Shakira (humour) qui aurait dégraissé sa partie neo-métal (ou nu metal, peu importe, c'est trop bête, le néo-métal, sauf les premiers Korn et les Deftones. Je vous reparlerai des Deftones, un jour.) ? Comme du punk de base ? Comme du hard rock qui aurait oublié ses solos ? Du hardcore qui ne sonnerait pas salement ? Du noise qui ne serait pas vain ou prétentieux ? Du pub-rock énervé ?

Personnellement, je n'en ai aucune idée. Et c'est bien, parce que les étiquettes, c'est pratique au lavage, mais ça gratte au portage. En s'affranchissant d'un mode d'emploi, Pulled Apart By Horses deviennent totalement libres. Y compris de faire une pochette illisible qui devient lisible dès lors que l'on sait de quoi il s'agit. Ils ont tout compris, eux : faire ce pour quoi on est bon sans essayer d'y réfléchir. Etre évident. Atteindre ce luxe n'est pas simple.

Ah, au fait, apparemment, Thom Yorke (le chanteur de Radiohead, pour les retardataires) a sorti un titre, ou un album, appelé Feeling Pulled Apart By Horses. Je tiens à préciser qu'il n'y a aucun rapport avec ce disque. D'ailleurs je ne sais pas de quoi il s'agit, puisque à mes yeux, Thom n'a de vraie valeur qu'avec ses amis. Et c'est tant mieux aussi.

J'ai arrêté le compte de mes "et c'est bien'', parce qu'il n'y a pas grand chose à ajouter. Ces Anglais peuvent plaire ou pas, mais j'y entends de belles choses, héritées ou non. Tout ce que je constate, c'est qu'il tourne souvent en ce moment. C'est donc forcément bien : j'ai une très haute opinion de mes oreilles écart(el)ées.

PS; mon ami Zok, que vous pouvez lire ici, me donne une très bonne définition de ce que sont nos PABH : "A l'écoute ça me donne l'impression que j'avais quand des mecs plus âgés que moi allaient en Angleterre quand j'étais ado voire moins, et qu'ils me faisaient écouter les vinyles rapportés. Une espèce de truc indéfinissable que t'avais jamais écouté avant, une sensation étrange, je sais pas expliquer. Je retrouve ça avec ce morceau."


mercredi 24 mars 2010

Alors c'est ça ?



Qui dit rock dit rébellion, jeunesse, colère, changement (ou du moins sa recherche). Mais ça, c'était dans les années 60, voire 70 avec le punk, depuis, c'est plutôt désillusion et désenchantement. Il a fallu atteindre le rap (le vrai) pour que cette rébellion ait du sens à nouveau.

C'était bien sûr sans compter sur les grands distributeurs, producteurs, propriétaires, qui ont directement senti la bonne affaire. Depuis Elvis the pelvis, c'est comme ça : soyez aussi glamour, proposez une image. De préférence rebelle. Qui effraie le bourgeois (The Rolling Stones) ou pas (The Beatles). Que les jeunes puissent rêver, s'identifier, acheter des disques. Rêver de groupies hystériques, d'orgies interminables, de communier dans un stade. Jagger, Richards, Lennon, McCartney sont devenus des prêtres d'un genre nouveau, dignes de l'empire romain. Lennon avait raison, les Beatles étaient plus populaires que le Christ. Charlie Watts (batteur des Rolling Stones de son état) aussi avait raison : autant la musique est super, autant le cirque engendré est agaçant.

Autre constante d'un groupe qui marche, il faut un manager. Une sorte d'entraîneur, de coach - pour parler comme en 2008 - qui cadrerait tout ce petit monde bien turbulent, qui en sort ce qu'il peut y avoir de meilleur et veille au grain, metteur en son et parent attentionné.

Malheureusement, on ne change pas une équipe qui gagne, et la recette perdure depuis. Exemple : Oasis.

Habituellement, je n'aime pas parler des groupes que je n'aime pas. Quel intérêt ? Certains aiment, soit, voilà, c'est une question de goût. On va dire. Alors, profitez-en, je vais déverser mon fiel et ma bile sur ce groupe qui a déclenché un raz-de-marée de disques mous, consensuels, sans intérêt (mais pas sans intérêts, ah ah. Pardon.), et qui sont portés aux pinacles par les rock-critics et les magazines anglais.

Dans mon souvenir, Oasis est le premier groupe estampillé indie / relève / nouvelle génération, (quoi que ces étiquettes puissent dire) créé de toutes pièces qui soit affiché comme un vrai groupe de rock, avec ses rebelles, ses guitares sans concession, son attitude faussement hautaine, ses fringues mod(e)s (on voit même un scooter dans le livret de leur premier album) et son accent à couper au couteau. Un vrai condensé de Sex Pistols (autre groupe monté de toutes pièces), The Who, The Jam, The Rolling Stones... un cliché ambulant en somme. 100 % british. Ce que les frasques du duo de frères caché sous cette appellation de Oasis confirment, plus occupés à plagier T-Rex (Cigarettes & Alcohol) et se payer des jets de télé par la fenêtre qu'à chercher un quelconque sens à leur musique : un amour du cirque rock, plutôt. Premier titre du premier album : (I'm a) Rock'n'roll Star. Si c'est pas donner le ton, ça.

Bref, je hais Oasis (bien qu'ils aient commis quelques titres corrects qui marchent très bien en soirées, mariages ou pas), ce qu'ils représentent, ce qu'ils sont : des poseurs, attirés par le clinquant, si stéréotypés qu'ils en deviennent honnêtes. Après tout, c'est tout bénef pour la maison d'édition. D'authentiques losers d'une typique cité anglaise industrielle en friche, fans de foot, des Beatles, des Stone Roses, de lager et de bastons du samedi soir, propulsés du jour au lendemain futur du rock. Tout le monde est content, même aux mariages de jeunes branchés.

Alors que j'adore ce premier album des Strokes, Is This It ? Ca partait mal. Ils étaient affublés de tout ce que Oasis portait : les tenues vestimentaires à la mode du moment (le leur), le line-up classique (un chanteur deux guitares une basse une batterie), un son daté mais pas rétro, plutôt dans l'air du temps, et une réputation unanime de futur du rock. Mouais mouais mouais. Et pourtant il ne m'a pas fallu plus de deux écoutes pour me rendre compte à quel point j'avais eu tort de me méfier. On en revient à cette étrange chimie qui fait que malgré les mêmes apparats, il peut sortir de la marmite soit de la bouse soit de l'ambroisie. Ou alors s'agit-il simplement des compositions elles-mêmes ? De l'inspiration ? De leur guru, dont le portrait de hippie fatigué côtoie ceux des jeunes hypes au milieu du livret intérieur ?

Peut-être est-ce dû à la colère, aussi. Celle de Is This It ? n'est pas évidente. Non, au premier abord, on serait plutôt en face de tristes gens de vingt ans mais qui aimeraient bien se lâcher. Qui se lamentent joyeusement, cherchant le point commun entre Bob Marley et les Who mais incapables de faire du reggae ou d'imposer un son de stade (on n'est pas chez Muse Queen). Qui reprennent en filigrane, dans le chant légèrement nonchalant de Julian Casablancas le ton du Iggy Pop au sein des Stooges, le premier punk : négatif et énervé. Qui sonnent comme une répète enregistrée plutôt qu'un produit de studio bien arrondi, un groupe sans effets, sans chorus ni reverb.

Avec la fin de 2010, nombreux sont ceux qui ont fait un bilan de cette première décennie. A chaque fois ou presque, Is This It ? était bien placé. Tout le monde peut sentir la fulgurance de ses onze titres qui allient modernisme, un son immédiatement reconnaissable, des mélodies évidentes mais inédites. Ce dernier adjectif est peut-être celui qui les sépare de Oasis. Ou alors c'est trop subjectif, il s'agit d'honnêteté. D'intégrité, même en pactisant avec les marionnettistes. L'image est bien le plus difficile à gérer. Vive la musique qui s'en affranchit.

mardi 23 février 2010

Un jour tout cela pourrait t'appartenir


Encore un groupe inconnu, encore un disque attrapé au hasard ou presque, et encore une fois, une surprise généreuse, en forme de boucle. Fortement typé formation canadienne, The Paper Chase rappelle Arcade Fire, les cabarets de Hawksley Workman et la richesse de Broken Social Scene.

Maintenant, faudrait juste vérifier que ce sont des Canadiens...

What the fuck, peu importe, voilà dix titres plus rageurs que ceux de Arcade Fire et qui croulent sous les idées et les mélodies. Même quand ces dernières sont maltraitées, le dérapage reste sous contrôle, fond doucement dans des transitions qui me semblent - pour l'instant - obscures mais qui doivent avoir une bonne raison d'être là. Tout comme cette étrange pochette. Comme ces petits riffs incongrus qui pimentent les titres mais sont indispensables.

Encore soixante-treize écoutes et peut-être bien que j'irai chercher leurs précédents disques (car ce Someday This Could All Be Yours Vol. 1 date de 2009, et ouais, et ouais), et d'autres albums des Autumns aussi, allez, ne soyons pas frileux, soyons curieux, ouverts, et surtout, sans préjugés (comme si, par exemple, vous n'aimiez pas Arcade Fire. C'est pas grave, The Paper Chase, c'est différent). Sinon comment pourrait-on découvrir de telles pépites ?


dimanche 31 janvier 2010

Faux bruit provenant d'une boîte de jouets


J'ai un gros ego. Ou alors c'est juste que je me protège de plus en plus, je me fixe des oeillères, je ne m'intéresse plus aux gens que je ne connais pas et que je ne rencontrerai jamais, qui peuvent secouer tous les médias pour des raisons diverses mais ayant un point commun : l'actualité. Les informations sont trop tristes pour être prises au sérieux.

De la même façon, je ne suis plus automatiquement à la trace tous les artistes qui traversent mes oreilles ou mes yeux. Fut un temps où je chassais les carrières, écoutais tous les albums solos de n'importe quel membre d'un groupe qui m'était important, connaissais toutes les notes de pochette, citais tous les titres de mémoire. Désormais je préfère adorer un disque tout seul dans mon coin et ne pas savoir si les gars et les filles qui y officient sont de petits nouveaux ou s'ils ont déjà vingt-trois albums à leur actif. Je trouve ça sain, de couper l'image du son. Ca évite les mauvais procès. Mais j'y reviendrai, pour dire du mal, pour une fois.

Là je n'ai aucune envie de dire du mal de Fake Noise From A Box Of Toys, un album de The Autumns, des types et sans doute des filles que je ne connais pas du tout. Ni d'où ils viennent, quels sont leurs autres disques, s'ils ont splitté ou pas, si ils naviguent dans une certaine communauté, si ils sont appréciés ou non. Je ne suis tombé que sur une chronique de blog, que j'ai oubliée, sauf la note : dans les soixante pour cent. Comme je déteste mettre des notes, je peux comprendre celle-ci, mais de mon point de vue, cette pop un peu bruyante qui peut sembler complètement banale, totalement dans l'air du temps, qui pourrait donner du "oui ok mais bon, j'ai du lait sur le feu" a pourtant plus de qualités qu'elle en a l'air. A commencer par son batteur, inventif à souhait, jamais hors sujet, plutôt comme une seconde voix. Du coup la musique de The Autumns me semble bien plus ciselée. Et c'est comme ça pour tout : les choeurs, les mises en place... les petites originalités s'accumulent. Cela en devient unique.

A partir de ce moment, ils ont gagné ma confiance, je leur fait de la pub, je réécoute régulièrement ce disque, je ne les oublierai pas. Mais la partie est finie, car l'angoisse pointe. L'angoisse de la déception. Trop peur d'être déçu ou moins enthousiasmé par leurs autres disques. Trop peur de perdre mes illusions. Trop peur d'être trahi une fois de plus. Armure enfilée, casque enfoncé, je peux continuer à aimer The Autumns et leur Fake Noise... Rien ne dit que je ne vais pas craquer un jour. Mais pour l'instant, on ne bouge pas. Parce que des fois, il vaut mieux ne pas savoir.

vendredi 11 décembre 2009

Tout nu et botté


J'ai déjà parlé du leader Buzz Osborne des Melvins, ici, et si vous aimez les manèges à sensations et la saturation, je ne saurai que vous conseiller de vous ruer sur son groupe originel et culte (The Melvins, donc). Groupe très productif et toujours très confidentiel malgré ses vingt ans et des poussières de carrière, car n'ayant jamais émis la moindre concession. Entre expérimentations sonores à la limite du supportable et métal joyeux, entre country pour rire et riffs décalés, le tout sous une chape de plomb-marque de fabrique, on a toujours fait ce qu'on a voulu, chez les Melvins. Même si finalement, leur son est reconnaissable immédiatement et qu'à la suite de sorties incessantes d'albums, leurs morceaux semblent être toujours les mêmes, les idées tombent rarement à plat. La preuve dans ce Nude With Boots de 2008, ni le meilleur ni le pire, juste un bon disque qui propose l'avantage d'être assez simple d'accès. L'âge, sans doute. En tout cas, un bon début pour s'initier.

Folle de rage de les avoir loupés aux Eurockéennes de Belfort suite à une programmation défaillante, la groupie hystérique en moi ne rata pas l'occasion de courir les voir dans une petite salle où à peine deux cents personnes s'étaient déplacées pour l'occasion. En première partie, Porn, un groupe français que je ne connais ni d'Eve ni de Rocco, et sur lequel je vous invite à faire des recherches vous-mêmes, car je n'en ai franchement pas le courage, là. Du coup, je n'ai vraiment pas compris qui étaient les membres de cette première partie muette mais sonique. Un type entre en scène, enfile une guitare, se place devant une console et commence à triturer moults boutons et potentiomètres, ce qui nous gratifie de serpents dignes de Jesu, vire psychédélique, et dure un bon quart d'heure. Sur quoi arrivent un bassiste et deux batteurs, dont Dale Crover, la machine métronomique pleine de technique des Melvins. Ah ? Sympa, hé. Surtout que ça tombe bien : les deux batteries sont au milieu de la scène et partagent des cymbales. Crover est droitier, sa batterie est à gauche de la scène, tandis que son comparse est gaucher, son kit à lui est donc à droite. Et ils jouent de concert (huhu). Ou se partagent les tâches. Ca tabasse sec après une intro pleine de coups feutrés sur les cymbales, partis pour deux fois vingt minutes de métal basique mais planant : la répétition et les serpents tournoient dans l'air. Ca commence bien, même si personne ne cause. Pause.

Puis arrive King Buzzo (à un mètre de moi, je souris bêtement béatement), encore plus gros, sa tignasse grise toujours folle, drapé d'une robe de bure noire ornée d'un étoile entre les pieds, sa guitare entièrement argentée tranche dessus. Dale Crover reprend sa place. Et sans pédales d'effet ni archet ni jeux de lumière clinquants, les Melvins canal historique singent les White Stripes ou les Black Keys en enchaînant une dizaine de titres très courts, se partageant même le chant. Rigolo. Mais bon, manque le son, quand même. Manque la lourdeur. Mes craintes disparaissent lorsque le second batteur revient (mais est-ce le même ?), affublé d'une robe hindoue, accompagné d'un autre bassiste perruqué barbu à chemise hippie. Et c'est reparti pour une petite vingtaine de minutes de tabassements. Et nom de dieu ce que ça joue, ça aligne les breaks pas évidents et les ambiances poisseuses, ça improvise aux batteries pour enchaîner les titres, les quatre zouaves alignés chantent tous, transpirent tous énormément, mais jamais ne semblent s'ennuyer. Puis Buzzo lance "We'll be right back". Pause deux.

Retour des quatre mêmes, cinquante nouvelles minutes de titres assemblés comme des Lego, aucun temps mort, juste un arrêt pour que nous chantions tous un joyeux anniversaire à Garreth (je crois), le roadie, attrapé et jeté par terre par le hippie alors qu'il venait de se faire piéger par le bassiste (c'est le même pour ceux qui suivent pas) qui avait soi-disant un problème d'ampli. Car oui, on sait aussi rire chez les Melvins. Ca se termine sur une impro à deux batteries, pas d'embrassades, pas d'adieux déchirants, pas de ce n'est qu'un au revoir, juste un peu plus de deux heures trente de sons. Pour vingt-deux euros (je balance, ouais, parfaitement). J'ai peut-être bien fait de les louper aux Eurocks finalement. Et pour finir, une phrase à cliquer pour avoir une idée de ce que je viens de relater.



lundi 2 novembre 2009

The little red rock book


C'est vrai, ceci n'est pas un disque. Mais il serait tellement dommage de passer à côté de ce livre que je ne peux m'empêcher de vous en parler. Surtout qu'il vient d'être réédité, avec trente planches supplémentaires, et que j'hésite carrément à me l'offrir une seconde fois. Hervé Bourhis a fait des miracles, il a réussi à stigmatiser l'esprit rock dans cet épais livre au format d'un 45 tours, Le petit livre rock. Un historique décliné en pochettes, logos, portraits redessinés, agrémentés de courtes légendes très justes. Une liste non exhaustive mais pertinente, subjective, drôle, le contraire d'une liste des mille meilleurs albums de rock, et ça, ça fait du bien.

Je pense que pour l'instant, cette suite d'illustrations (ce n'est pas de la bd même si quelques strips parsèment l'ouvrage) est ce que j'ai pu voir et lire de meilleur sur le sujet. En enlevant l'analyse et les discussions interminables, Bourhis s'attarde sur les à-côtés, l'histoire, replace les disques dans leur contexte, et arrive ainsi à retracer l'évolution des moeurs et des sentiments partagés au XXème siècle. Il va plus loin en en disant moins. Et surtout il n'y a aucun parti pris, nous permettant de nous retrouver aussi à travers les découvertes de Bourhis et ses changements de look. Même si je ne partage pas tous ses goûts et que certains de mes chouchous ne sont pas cités, il en arrive néanmoins à parler de tous les genres, tous les styles, et élargit le rock à sa vraie nature : non pas un style musical précis dont la définition serait tirée d'un dictionnaire ("n.m. Genre musical basé sur un orchestre composé d'une guitare , d'une basse électrique, d'une batterie et d'un chanteur"), mais bien un esprit artistique décliné en d'innombrables courants. Rien que pour ça, ce livre mérite le respect.

Dans un autre genre, plus disparate puisque collectif, n'hésitez pas non plus à vous jeter sur Rock Strips, plus orienté bd mais très bien documenté et surtout intéressant pour la vision personnelle des auteurs sur un de leur groupe fétiche ou qui les a marqué. D'autant plus agréable que les Rolling Stones y côtoient LCD Soundsystem. Vivent les mélanges !

vendredi 31 juillet 2009

Un juste avertissement


D'aussi loin que je me souvienne (c'est-à-dire l'école primaire, à peu près), j'ai toujours détesté les manifestations machos empreintes de la loi du plus fort, du meilleur, du plus grand. Autant dire que les héros de la guitare ou plutôt les hérauts de la guitare, ça convient bien mieux, m'ont toujours laissé froid. Qu'est-ce que ça peut faire de pouvoir faire deux cents notes à la seconde et d'avoir des doigts de trente centimètres de portée ? Et tout ça, c'est de ta faute, Jimi Hendrix. Ils n'ont vu en toi qu'un phénomène de foire, en oubliant que la musique était surtout portée par le coeur qu'on y mettait, et la nonchalance à faire sonner juste (et puis bien sûr ils ont oublié ta voix chaude que je trouve toujours touchante, les nuls). Alors bien sûr, un minimum de technique est requise, et plus la technique est bonne, plus les notes viendront facilement. Mais voilà, les gars en récré, ils grandissent sans mûrir, ce qui a pour conséquence qu'ils adorent les types qui font des trucs incroyables avec une guitare dans les mains. Pfff.
Du coup, lorsque Eddie Van Halen a débarqué, on eut droit à une horde de hardos qui eurent leur dieu à vénerer, celui qui avait pondu Eruption. Eddie, c'est le plus fort, et pis en plus, il fait un truc de fou, il tape sur sa guitare avec ses doigts, ça fait un son, t'y crois pas, incroyable le nombre de notes, la vitesse de dingue qu'il a ! Trop bien, je vous le dis, les gars, ça c'est du rock.

Et mon cul c'est du poulet.

Trente ans ont passé, il est donc temps de réhabiliter Van Halen, le groupe. Pour plusieurs raisons : David Lee Roth (qui est l'instigateur de ce nom), leurs compositions, leur humour, leur bonne humeur et la durée de leurs disques. Inutile de dire qu'après la période David Lee Roth, il ne faut rien garder. Et je suis indulgent, vu que leur sixième et dernier album ensemble, 1984, est catastrophique.

Les albums de VH (j'ai la flemme, ok ?) durent en moyenne trente-cinq minutes, ce qui permet, premier avantage, d'en écouter d'autres, et, deuxième avantage, de ne pas trop lasser. Surtout qu'en général, on y trouve des reprises de tubes des années 60 (le Pretty Woman de Roy Orbison, le You Really Got Me des Kinks, par exemple), des interludes guitaristiques rarement ennuyeuses ou creuses, plutôt motivées par l'expérimentation et la recherche (comme Spanish Fly sur leur second album bien nommé II ou encore Cathedral sur Diver Down), des chansons où le groupe tourne au jazz de la Nouvelle Orléans ou décide de faire du Platters, et enfin des choeurs tout le temps. Mais tout le temps, sur tous leurs titres. Et on appelle ça du hard-rock - laissez-moi rire.

Alors pourquoi choisir ce Fair Warning pour parler de ce groupe mésestimé (surestimé d'un côté tout ça parce que les gars des récrés, hein, et haï de l'autre car justement, les gars des récrés, en face, ils comprennent rien à Joy Division, les nuls) ? Parce que, petit un, c'est leur meilleure pochette. Petit deux, ils perdent sur celui-ci la légèreté qu'ils affectionnaient jusqu'à lors, deviennent un peu sérieux : pas de reprise, pas d'interlude ici. Et petit trois, il s'agit de leur album funky : la basse n'a jamais été aussi présente, la batterie si relativement modeste et la voix de David Lee Roth plus sensuelle.

Non, vraiment, un panthéon et des prix d'excellence pour ce groupe ne sont pas nécessaires. Mais comme récré, on a rarement fait mieux.

Et pis tiens, petit cadeau, ça me fait plaisir.


mercredi 24 juin 2009

Vierge à nouveau


Si j'avais des lettres, je citerai Oscar Wilde, je paraphraserai Rimbaud, afin d'étayer mes propos sur la jeunesse. Celle sortie de l'adolescence, surtout, toute folle, sa puissance incontrôlée, toute l'énergie qu'elle peut engendrer. J'en étais là quand ce Going Blank Again d'un autre quatuor anglais (Ride pour les citer une bonne fois) débarqua chez moi. Eux non plus n'avaient pas trouvé de canalisateur, tout jeunes et beaux qu'ils étaient, heureux, enthousiastes tels des enfants à la plage à s'amuser avec les meilleurs jouets du monde : guitares, amplis, pédales d'effets et toms-toms.

Comme toute fougue juvénile, Going Blank Again pourra générer de l'agacement, dû à un manque de profondeur, une musicalité peu recherchée, avec des voix de filles (mais en fait, ce sont des garçons romantiques) qui ne disent pas grand chose - c'est-à-dire ce qu'on veut bien entendre. Soit. Ce serait oublier deux titres pop directement inspiré des Beatles, les Fab Four incontournables, et huit autres où la grandiloquence véhémente des Who côtoie des sous-riffs de Sonic Youth. Plutôt que de se poser et de poser, une seule règle semble régenter ce disque : l'urgence. Vite, bientôt je saurai faire des solos, vite, je saurai même utiliser un clavier, vite, avant de me transformer en cliché du rock and roll forcément malhonnête.

Alors, musique basique, wah-wah et flanger à bloc, lalala aigus, batteur déchaîné, ça vole pas haut ? Si. Parce que loin de tout produit formaté. Parce que sans calcul, parce que brut malgré une production aux petits oignons. La jeunesse dans ce qu'elle a de meilleur : vivante. Vierge de tout doute, timidité, cruauté, ignorance, souffrance. Un lumineux hommage aux écrits de ces lettres que je ne possède pas.


lundi 1 juin 2009

Floue


Tout arrive. Même l'achat d'un Blur, à la grande surprise de mes amis - j'avais encore réussi à les estomaquer, des fois je m'épate tout seul. Alors que je croyais ce groupe perdu pour le bon goût, leur Parklife mêlant trop d'influences anglaises pour ne donner qu'une poignée de jolies pistes, il vira de bord avec ce Blur bien nommé. Sans doute perturbés par l'écoute de Pavement, et sans doute usés par la tournée d'un Great Escape vendeur mais ô combien soporifique, nos quatre Anglais décident donc, en cette fin d'année 1996, de faire du lo-fi, avec titres sales et saturation omniprésente. Mais pas que.

Plutôt que de refaire le coup de Parklife et de parodier tout ce que l'Angleterre a engendré comme styles musicaux, Albarn et ses copains s'achètent une virginité et une sincérité : autant le punk Bank Holiday semblait anecdotique et figé, autant le Chinese Bombs ici présent ressuscite le Clash des débuts. Beetlebum s'impose comme un single étonnant au riff ni trop alambiqué ni trop classique, Song 2 le rageur finira d'imposer la nouvelle image d'un groupe qui a tenté le tout pour le tout. Aucun titre superflu, chacun dans son rôle (electro, hypnotique, quasi instrumental...), chacun donnant les clés de la nouvelle demeure de Blur, du côté des Etats-Unis : même celui qui sonne le plus britpop s'appelle Look Inside America.

Non seulement ce disque est très très bon, mais en plus, il est une leçon. Il n'en est pas le seul exemple, mais il illustre parfaitement ce courage qui paie, celui de se montrer sous son vrai visage. Quitte à être flou.



mardi 7 avril 2009

Fin de mission


1. Ennio Morricone Le casse
2. Pixies Winterlong
3. The Beatles Helter Skelter
4. Monk & Canatella Elephant
5. Brian Eno On Some Faraway Beach
6. The Magnetic Fields All My Little Words
7. Beirut Scenic World
8. Frank Zappa Satumaa (Finnish Tango)
9. Sonic Youth Wildflower (live)
10. dEUS Memory Of A Festival
11. The Streets It Was Supposed To Be So Easy
12. Gainsbourg New-York U.S.A.
13. The Dirtbombs Ode To A Black Man
14. The Who Odorono
15. The Nits Umbrella
16. James Brown That's Life
17. Serge Teyssot-Gay Les cabinets
18. Herman Düne Not On Top
19. Queen It's Late
20. Sid Vicious My Way

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samedi 4 avril 2009

A chaque minute désormais

J'adore danser. Ce qui est dommage, c'est que je ne sache pas. Mais grâce aux frères Dewaele, j'oublie la honte et la pudeur de faire trop mal aux yeux de mes semblables, et je danse seul, chez moi, avec ce Any Minute Now.

Premier album de Soulwax post-2 Many DJ's (leur terrain de jeu des dancefloors, passant à la moulinette Kylie Minogue et les Stooges dans des mix improbables), les frères Dewaele ont ici décidé de devenir de néo-New Order, en délivrant de la dance-rock, pleine de guitares dévastatrices sur des rythmes uniquement destinés à faire suer. Parfois à la limite de l'electro, saturée de distorsions et de machines torturées, la musique de Soulwax n'est pourtant jamais ennuyeuse ou bordélique. Car basée sur les mélodies. De vraies chansons drapées de bijoux flamboyants. Des boules à facettes intelligentes.

Et au mileu coule une ballade, interlude bienvenu : avec un piano et une voix, à peine soulignés de guitare tordue, il devient évident qu'on sait écrire, chez Soulwax. Avant de repartir vers le bar à cocktails. Comme si n'importait que la ferveur des corps, l'album pousse à se trémousser, à oublier le triste et beau - comme si ces deux adjectifs ne pouvaient exister qu'ensemble - et prouver que le tchak-poum-poum de base de la disco peut lui aussi posséder sa beauté, sa vérité : on conclut en affirmant que The Truth is So Boring.

Face à ces spots chauds et énergisants, remplis de watts et de "what", je perds toute contenance, je me fantasme en DJ qui passerait la quasi totalité de cet album devant un parterre de danseurs mouillés : que ce disque se démocratise, trouve la place qu'il mérite. Et enfin, de ne plus danser seul sur E Talking.


mercredi 25 mars 2009

Oui Nouvelle York


En bonne caricature, j'adore faire des compiles. Des compilations, quoi. Prendre un bout de caoutchouc-reggae et le coller à un bout de chewing-gum-pop pour goûter si ça peut s'écouter, si on peut créer son propre chemin, son album personnel. La matière abondant, l'exercice, infini, comble de nombreuses aspirations : d'abord la compile n'est jamais gardée pour soi. A la rigueur, je garde juste la liste et l'enchaînement des titres, je pourrai la refaire. Mais elle n'a pas but de venir grossir les rangs des vrais disques, ceux faits par de vrais musiciens, pas par les fans sans talent. Non, je la crée - souvent dans la douleur - pour la donner, partager, communiquer. Mon auditeur connaîtra non seulement mes écoutes du moment mais en plus il connaîtra mon humeur. C'est souvent plus parlant qu'une soirée complète autour de la table du salon. Parler musique, c'est comme décrire une sculpture ou une maison de maître : c'est frustrant. Autant qu'essayer d'expliquer comment ces six derniers mois ont influé sur mon état. Alors qu'avec un peu de boulot, on résume ces six mois en une heure et quinze morceaux.

Ensuite il ne faut surtout pas négliger l'aspect créatif. A chacun ses règles, à chaque compile son défi. Elle peut être thématique (le cinéma, les morceaux faits avec des cris de chameaux, les meilleures reprises de mai 1985, liste sans fin), elle peut ne recenser que des singles, tout sauf des singles, être par ordre alphabétique, chercher les meilleurs enchaînements improbables (free-jazz suivi de punk suivi de chant grégorien), varier au maximum les genres ou au contraire les réduire. Rien que choisir la forme prend un temps fou. Alors chercher les morceaux qui vont correspondre... Cela dit, parfois, de l'urgence naît un album superbe qui fera un tabac. Et pas seulement en enquillant les tubes potentiels. Magnifique hasard.

Enfin - et pourtant, c'est souvent le but premier -, les compiles font découvrir ou redécouvrir des petites perles. Du moins, les perles que l'on a choisi. En isolant une chouette chanson noyée dans un album sirupeux, on peut redonner une nouvelle vision à un groupe qu'on croyait déchu voire perdu, on condense une carrière, on fait pivoter des abeilles méritantes autour d'une ruche conséquente - les quatre morceaux fédérateurs encadrant l'impro de quinze minutes -, mettez-moi de la disco après ça et si ça marche, je suis le roi. Parce que après le boulot, il faut bien le regarder : il sera réussi ou raté. Et s'il est réussi, on a le droit d'être content et de demander une gratification (bière, statue, statut, le plus souvent un simple compte-rendu détaillé plage par plage suffira).

Alors qu'en est-il de ce Yes New York (je n'ai malheureusement pas écouté son pendant, No New York, mais j'aimerai bien), une compilation de 2003 qui s'est efforcé de saisir l'air du temps de Big Apple ? Plus recherchée que la plupart des albums de magazines (ce qui est logique, allez pondre une playlist par mois avec les albums du mois sans être complètement bancal), elle nous apprend que le rock new-yorkais ou assimilé d'il y a six ans penchait pour le retour des années 60 et 70 et 80. The Strokes y dansent comme Otis Redding sur une bande-son des Who tandis que Interpol s'autoproclame phénix de Joy Division et Radio 4 celui de Gang of 4, alors que Lcd Soundsystem et Le Tigre mélangent le disco à l'electro. Ces noms bien connus côtoient d'illustres groupes obscurs qui valent pourtant parfois le détour. Bien sûr tout ne sera pas au goût de tous, mais la variété est présente, la découverte est présente, le thème est présent, la qualité est présente, bref, elle fait partie des compilations réussies.

Je devrais sans doute faire des compiles ici-même. J'y penserai. En attendant, voici un aperçu de celle de Yes New York.


vendredi 30 janvier 2009

1979


1995 fut l'année des Smashing Pumpkins - entre autres, bien sûr, mais bon, là, y a pas à dire, ce fut aussi leur année. Rarement un groupe aura été aussi prolifique en si peu de temps. Comme s'ils avaient été propulsés trente ans en arrière, quand les sorties d'albums avaient lieu tous les six mois, les Citrouilles furent pris d'une logorrhée créatrice que rien ne semblait endiguer : un double album de 28 titres et cinq maxis comportant au total 28 titres inédits. Soit 56 morceaux. Et je dois en oublier. Et je dois ignorer les nombreuses digressions qu'ils ont du effectuer en concert ou en répète.

Parce qu'on le sent bien dans leur Pastichio Medley, le titre de 23 minutes qui compile une cinquantaine de riffs enregistrés de-ci de-là, en sessions d'enregistrements et en répétitions, que les Smashing forment un groupe qui s'amuse. Même si Billy Corgan mène son monde à la baguette, ça n'hésite pas à balancer la sauce ou à s'auto-hypnotiser, et encore, il manque les pauses-reprises de Van Halen, les changements d'instruments et de rôles, les choeurs rigolards.

Un double album, donc, en sortit, fatalement bouffi de partout : rien que l'idée de faire un double est gonflée, casse-gueule, prétentieuse. Et pourtant, Mellon Collie And The Infinite Sadness restera le plus abouti, le plus fou, le plus varié, le plus intense, le plus expérimental et le plus brillant de leurs opus. Et comme si ça ne suffisait pas, comme si au final ils auraient du sortir un quadruple album, ils alignent les maxis plein de pépites, de reprises improbables, de versions nues. Et ce n'est pas fini.

Car pour clôturer le tout, ils accèdent avec 1979 au sommet de l'écriture, quand enfin le droit vous est accordé de graver votre nom aux côtés d'autres très prestigieux, les noms de ceux qui ont accouché d'un tube imparable qui ne se contente pas d'être entêtant. Comme souvent chez les Smashing, la joie prédomine 1979, celle de l'insouciance, comme une petite soeur de Today. Mais la nostalgie guette - le titre lui-même n'est pas un hasard - et l'urgence de vite aligner les états d'âmes prend le pas sur la retenue ou le calcul commercial, comme une grande soeur de Today. Un titre éternel et universel, une grâce, simple et évident, mais disposant d'un quota magique supérieure à la normale.

Alors pour le simple plaisir de constater que cela fonctionne toujours et que je raconte pas de conneries, voici le clip, qui est aussi réussi que la chanson qu'il illustre, et toutes les pépites qu'il serait dommage de ne pas écouter.



mardi 20 janvier 2009

Chahuuut de rue


Souvent, les disques obscurs promettent de belles surprises. Impossible de rentrer dedans mais quelque chose d'indéfinissable retient l'attention. Peut-être le son, ou certains enchaînements, ou des harmonies inédites, en tout cas, un détail. Ou l'ambiance générale. Mystère. A l'opposé, les disques immédiats promettent de belles déceptions. Ce n'est pas toujours le cas, bien sûr.

Et puis il y a ce Street Horrrsing, première oeuvre d'un duo que je qualifierais aisément d'expérimental. Immédiatement accrocheur malgré ses préceptes étonnants. A savoir : de la musique électronique instrumentale comportant un minimum de variations et de changement d'accords, de longues nappes tantôt éthérées tantôt bruitistes (j'ai lu le mot "drone" quelque part), des percussions sourdes toutes droit sorties d'une jungle africaine et des cris étouffés pompés sur le pire disque de black-metal existant. Vlà le mélange.

Cela semble improbable, pourtant ça marche. Mieux que ça : j'en redemande. Car malgré le peu de changements, les mélodies existent et gagnent en force grâce à leur rareté. Elles deviennent évidentes, de cette évidence qui pousse à l'interrogation (pourquoi j'ai pas entendu ça avant ? POURQUOI ??). Au lieu d'insérer un titre caché en fin d'album, après une minute ou une demi-heure de blanc, les Fuck Buttons ont créé l'ultime morceau fantôme, celui qui chapeaute les autres, qui n'existe qu'à la septième ou dix-neuvième écoute, qui ne peut être découvert qu'après une initiation dévote et dévouée. La marque des grands comme on dit.

Et comme le plus simple est encore d'en avoir un aperçu, rien de tel qu'un petit lien.


mardi 6 janvier 2009

Conquérant


On a tous nos petites manies, nos petits rituels. Ainsi, lorsque il m'arrive de haranguer la foule, toute ouïe et fascinée par ma voix profonde et mes yeux de velours, le promontoire sur lequel j'asticote et me trémousse se doit de mesurer au minimum 1,34 m, la température extérieure ne doit pas excéder 30 degrés Celsius et ne pas être inférieure à 18, je dois porter mon pancho vert aux rayures noires et ocres, et enfin, la sono en dolby 5.1 doit balancer le Conqueror de Jesu.

Et pas seulement parce que le dernier groupe de Justin Broadrick sert mon propos. Bien sûr, le groupe a un nom de prophète, bien sûr, la musique a tout de liturgique, bien sûr les paroles appellent la pureté, supplient l'âme - la plupart du temps en deux phrases répétées longuement - et célèbrent le repentir, le don, le remerciement. Il m'aide bien, quand je hurle de ne pas se perdre soi-même, quand je demande à notre mère la Terre de nous pardonner. Mais c'est égoïste. Si ce doit être ce disque, c'est surtout parce que malgré sa tristesse et les nappes de synthé interminables pleines d'échos, il redonne surtout ses lettres de noblesse à l'accord. La note. Avec minimalisme, Justin Broadrick joue plus des pédales d'effets que de la guitare, laissant celle-ci à son rôle premier : des suites d'accords simples, qui forment de superbes mélodies, des harmonies gracieuses, leur laissant tout le temps qu'il faut : huit titres en soixante-quinze minutes.

Malgré le mur sonore qui englobe ses chansons, reléguant la batterie en agglomérat de poufs bariolés (oui, c'est ça, comme l'immense Loveless de My Bloody Valentine), les ritournelles s'accrochent, la maison devient cathédrale, l'eau s'évapore, en voiture tout le monde. Même si j'ai envie d'être égoïste.


lundi 29 décembre 2008

Une heure par semaine: My So-called Life



De tous les univers explorés par les séries télévisées, celui qui a le plus souffert du traitement apporté par les scénaristes est sans contestation possible le monde de l'adolescence. S'il est tout à fait possible de citer en moins de dix secondes au moins 5 séries policières ou médicales de très bon niveau, la tâche devient très difficile quand il s'agit de nommer des séries pour ou au sujet des adolescent. En fait, avant le début des années 90, parler du sujet ne se conçoit que sous deux angles, soit un sitcom regroupant tout les stéréotypes imaginables du teen-ager, du petit génie au boy-scout en passant par la féministe et le couple idéal Cheerleader/Capitaine de l'équipe de football, soit une comédie dramatique diluée dans l'eau de rose jusqu'à l'écoeurement.

Aussi, lorsque ABC programme pour la rentrée 1994 une série nommée My So-called Life, personne n'y prête réellement attention. Les producteurs sont connus pour avoir déjà travaillé ensemble sur la série the Wonder years, évocation de l'enfance durant les années 60, mais le sujet traité n'incite pas réellement à l'enthousiasme, toutes les tentatives précédentes n'ayant jamais abouties à de vrais réussites. Pourtant cette fin du mois d'août va marquer un tournant dans le traitement des séries pour adolescents.

La base de l'histoire est la même que pour toutes les séries du genre, Angela Chase, âgée de 15 ans, est lycéenne dans la ville de Liberty, située dans la banlieue de Pittsburgh. Ses journées se passent entre les cours, les amis et la recherche du grand amour, qui prend ici les traits d'un garçon plus vieux de deux ans, Jordan Catalano. Celui-ci ne la remarque absolument pas, comme elle ne voit pas que Brian Krakow, son voisin, est totalement fou d'elle. Quand on rajoute au tableau des parents dépassés par la métamorphose de leur fille on obtient plus ou moins une série typique sur le sujet, avec une marge de manœuvre que l'on pourrait qualifier de réduite.

Néanmoins l'angle pris par le trio Herskovitz Zwick Holzmann apporte une vraie nouveauté en ceci qu'au lieu de choisir les personnages dans les franges les plus populaires du lycée, la loupe est posée sur ceux qui sont habituellement les oubliés des scénarios, les gens ordinaires. Ici pas de sportifs et de cheerleaders, pas de beau gosse au sourire ultra brite, mais des gens normaux définis par leurs défauts et leurs craintes.

Angela se trouve beaucoup trop banale pour être séduisante, et la peur que lui inspire le regard des autres est le principal obstacle entre elle et Jordan. Ses deux meilleures amies sont Rayanne Graff, élément perturbateur du lycée qui enfouit son besoin de figure maternelle sous un comportement provocant et des litres d'alcool, et Sharon Cherski, qui développe un complexe vis à vis de son physique trop avantageux et une peur panique des relations humaines. Du coté des garçons, Jordan est miné par ses difficultés scolaires et cache le fait qu'il est incapable de lire, Brian souffre d'une timidité dévorante qui l'oblige à cacher ses sentiments derrière une attitude quasi dédaigneuse et utilise son appareil photo pour ne pas avoir à se dévoiler, Rickie Vazquez, qui affiche trop ouvertement son homosexualité pour réussir à l'assumer et cache des blessures intimes derrière son maquillage et ses tenues bariolées.

Ceux qui pensaient trouver un support du coté des parents seront là aussi déçus, les Chase sont trop en proie à leurs propres problèmes pour pouvoir gérer ceux de leurs filles (Patty reproduit avec ses parents le comportement de sa fille vis à vis d'elle et Graham souffre du fait qu'il travaille sous les ordres de sa femme), la mère de Rayanne se comporte plus comme une meilleure amie que comme une vraie mère, celle de Sharon n'est jamais présentée sous un rapport d'autorité familiale, les autres parents étant au mieux absents.

Tous ces personnages sont portés par une interprétation de très haut niveau, emmenée par le couple vedette Claire Danes et Jared Leto, servis par des seconds rôles excellents (dans l'ordre de citation des personnages Devon Gummersall, AJ Langer, Devon Odessa, Wilson Cruz, ...) et une écriture juste et loin des idées reçues, bien que n'évitant pas certains écueils (un épisode évoquant trop Dead Poets Society par exemple). Il est à noter que Claire Danes, découverte par les producteurs dans un épisode de Law & Order, est plus jeune que le personnage qu'elle interprète dans la série (13 ans au début du tournage contre 15 pour Angela Chase), ce qui est un cas quasi unique, les lois sur le travail des mineurs incitant les chaînes à prendre de jeunes adultes pour jouer des adolescents.

Dès le premier épisode, les critiques saluent unanimement le travail réalisé par les producteurs et font de la série une de leur favorites, de même que les téléspectateurs qui la regardent sont parmi les plus fidèles. Malheureusement, les audiences sont inférieures aux attentes d'ABC qui écourte la première saison à 19 épisodes. Après la diffusion du final, alors que les attentes des fans sont pressantes, la chaîne joue la montre et retarde au maximum sa décision quand au renouvellement du show. Claire Danes, lassée d'attendre une réponse, décide de donner son accord à Baz Luhrmann pour jouer le rôle de Juliette dans sa version de la pièce de Shakespeare, laissant ainsi le champ libre pour l'annulation de la série privée de son personnage principal.

Le traumatisme est d'autant plus grand chez les inconditionnels de la série que de multiples pistes avaient été lancées pour une deuxième saison et restent ainsi en suspens. Parmi les fans éplorés, un jeune scénariste nommé Joss Wheddon se fit la promesse que, si d'aventure il venait à travailler pour la télévision, jamais il ne finirait une saison sur une situation ouverte sans avoir la certitude de revenir un an de plus pour la conclure. Et il a toujours tenu parole depuis.

samedi 27 décembre 2008

Bibliothèque rose



Je ne sais pas si cela vous arrive, mais de temps en temps j'ai l'impression d'être poursuivi par un album. De par ma nature curieuse, je lis beaucoup de magazines consacrés à la musique et je consulte beaucoup de blogs et de webzines dédiés à cette passion. Et où que j'aille il est là. Je n'y fais pas attention tout de suite, son nom traîne dans un recoin de texte qui parle de quelqu'un d'autre, puis, en y regardant de plus près, j'aperçois une image familière ou un nom qui ne m'est pas totalement inconnu. Et chaque fois que je me retourne, il est là, il me regarde, il m'épie.

Cette année mon chasseur m'est venu de Suède, porté par une rumeur impressionnante. Depuis le mois de Janvier, les gazettes narraient l'aventure d'une jeune demoiselle qui, épaulée par Björn Yttling (un tiers de Peter, Björn and John), venait de sortir son premier album avec la ferme intention de devenir célèbre et de remplir les pistes de danse. Dans un premier temps le nom ne revenait que de loin en loin, ce qui fait que je ne l'ai retenu que tardivement. Vers le mois d'avril la rumeur s'est faite plus pressante, pour finir par l'inévitable coup de grâce, qui a eu lieu en deux temps au mois de Juin.

Sur le commentaire d'une vidéo d'un groupe (paradoxalement j'ai oublié qui c'était), une personne conseillait aux fans de trouver et de lire une interview accordée au New York Times sur les disques que les membres du groupe écoutaient durant leur temps libre. Le premier disque cité était celui de Lykke Li, Youth Novels. Dans la foulée j'entendais la chanson Dance, Dance, Dance, sur une web radio. Étonné par cette coïncidence je me suis procuré cet album qui m'avait fait de l'œil si longtemps.

Dès la première chanson on est saisi par la légèreté de la musique et par la voix quasiment diaphane de Lykke Li, chaque titre étant autant une invitation à la danse qu'une introspection de la part de l'artiste (Let it Fall parle du fait qu'elle adore pleurer, This trumpet in my head de son obsession pour un instrumental). A mi-chemin entre l'acoustique et l'électronique, rempli de bruitages faits maison et de nappes de claviers, l'album semble passer comme un songe, appuyé par une voix presque inaudible par moments, comme un murmure à l'oreille.

Depuis maintenant six mois que je me suis laissé prendre, je n'ai jamais regretté de m'être attardé un jour sur cet album que j'aurais pu ne jamais croiser. Si vous aussi vous voyez un album vous suivre, attendez-le.

samedi 20 décembre 2008

Le souterrain de velours & Nico



J'écoute un disque. Inutile de se voiler la face, derrière cette simple phrase s'en cache quelques autres qui ne se prononcent pas si facilement. Laissez-moi tranquille. Je veux être seul. Je veux partir. Je veux rêver. Je me sens seul. Parlez-moi. Je veux disparaître. Je m'en fous.

Cela marche quasiment avec tout. Il suffit de connaître le sentiment du moment : colère, tristesse, excitation, joie, paresse, fatigue, jeu. La musique le souligne comme elle lie les chants ou les oreilles, comme si elle pointait du doigt l'ambiance. Voilà pourquoi rien n'est pire qu'un disque imposé dans une salle des fêtes : l'inverse ne fonctionne pas pour autant.

Parce qu'avec une équipe de bras cassés autour d'un mannequin aussi anguleuse que sa voix, avec une attitude à l'encontre même de son époque, le tout parrainé par le pape du pop-art, The Velvet Underground & Nico a remis les pendules à l'heure : réveillez-vous, endormez-vous, fouettez-vous, on s'en fout, mais surtout, arrêtez d'être des spectateurs. Regardez, nous. Ridicules, pédants, croyez ce que vous voulez, peu importe, écoutez-nous, voilà l'important. Une chanson pour le soleil, une autre pour les ténèbres, une autre pour la danse, une autre pour les pertes de sens, on fait tout, on connait tout sans rien connaître. Suivez-nous.

Depuis, nombreux sont les enfants du Velvet. Souvent pour le pire, mais aussi souvent pour le meilleur, ils tentent de souligner l'ambiance, pointer du doigt le sentiment, pas de le provoquer. Ceux-là, seuls, sont nos amis.