mardi 19 août 2008

End of a century

Il y a des pochettes, comme celle-ci, qui parlent énormément. En premier lieu, elle ressemble beaucoup à celle du premier album de la trilogie berlinoise de Bowie : Low. D'ailleurs, le fond est un monument funéraire allemand, gris, gothique. Devant, de profil (bas), un petit homme chétif déguisé en James Bond. Un nom de groupe au lourd passif (La divine comédie de Dante, houla) et un titre qui donne le ton et englobe tous les éléments précités : fin de siècle. Evidemment, ce disque date d'avant le passage à l'an 2000, un fantasme vécu par une humanité à la fois amusée et quelque peu terrifiée, des siècles de progrès n'ayant finalement jamais effacé l'irrationnel. Il n'est pas le seul à avoir pris la vague de ce fantasme temporel - je me contenterai de citer Tricky et son Pre-Millenium Tension - mais il porte plusieurs crépuscules et donc, bien son nom.

D'abord parce qu'en 1998, l'âge d'or des années indie-rock touche à sa fin. Les groupes anglais, ceux ayant porté la brit-pop à leur paroxysme, ceux qui l'ont singée, ceux qui posaient, ceux qui cherchaient, tous ne sont plus que des souvenirs, les nouveaux canons de la jeunesse se nommant néo-quelque chose. Néo-rap, néo-punk, néo-métal, néo-reggae, néo-dub, bah oui, c'est le nouveau millénaire, faut que ça change ! Des dreadlocks et des Docs, de la chanson française et du reggae, mélangeons, on verra bien si il en sort quelque chose.

Seul Neil Hannon reste. Il était déjà à des années-lumière de la masse ; ne lui parlez pas de brit-pop. Avec ce disque, il continue. Et termine. En condensant le passé, chaque titre rappelant de près ou de loin un précédent album, il résume la première période de Divine Comedy. Après celui-ci, le groupe mutera en bande, ôtera ses costumes cravates et perdra ainsi toute saveur.

En dix titres et quarante-cinq minutes, l'album propose de la pop sixties classieuse, kitsch, du cabaret, invite un orchestre symphonique, des dizaines de choristes, des effets spéciaux, fait du Burt Bacharach ou du John Barry. Malheureusement, pour une bonne moitié, les titres efficaces (comme par exemple le single National Express) n'arrivent pas à la cheville de leurs prédecesseurs. Ce qui faisait l'intérêt de Europe By Train ou de Something For the Weekend tenait dans leur immédiateté. Ici la sauce ne prend pas. Dans ce banquet final certains plats passent mal, trop épicés, trop compliqués, trop copieux pour être digestes. Ceux qui restent relèvent le tout. Ils fondent littéralement sans aucune faute de goût, doublement précieux : pour une fois, les paroles ne tiennent pas le second rôle.

Car le crépuscule ne s'annonce pas sans bilan. Les premières mesures clament que la génération sexe, celui qui se veut tape à l'oeil et vendeur, a pris le pouvoir. Le romantisme s'affiche désabusé, conscient de sa défaite. La théorie du chaos s'érige en reine. Le catastrophisme (des sectes, des scientifiques, des économistes...) domine les médias.

Le chef a tout cuisiné, nous dit "au revoir joie bonjour tristesse", en français dans le texte, vers le dessert. Mais il offre trois dernières douceurs, dont un magnifique présent d'optimisme et de rédemption : Sunrise. Hannon hante littéralement ce morceau, se rapprochant de l'interprétation de Bowie, celui qui aime reprendre Brel. Le cabaret allemand, les années 60, Brel, la pop, James Bond, Fin de siècle en fait le tour. Ainsi il ne constitue pas le meilleur album de Divine Comedy, mais le plus émouvant.


jeudi 14 août 2008

L'idiot



Aaaah Iggy. Mon Iggy, ton Iggy, son Iggy votre Iggy notre Iggy. Celui qui a dix ans d'avance avec les Stooges, qui rend le bruit artistique et musical, qui veut chanter comme le saxo de Coltrane, qui ose affirmer son désarroi à à peine vingt-et-un ans alors que les hippies déferlent. Iggy, l'Iguane, James, peu importe ton nom, tu es nécessaire. Malgré les disques mineurs, malgré la carrière en dents de scie, malgré ton insouciance qui te dessert mais qui te permet de rester humble, tu es un des rares qui compte dans la petite histoire du rock.

Et si il faut retenir un seul de tes disques en solo, c'est bien le premier. The Idiot. L'idiot. En référence à Dostoïevski, parce qu'en 1977, c'est Bowie, le David, qui s'occupe de toi. Il t'ouvre un monde nouveau, celui des ballets, des peintres, de tout un pan de culture que tu ne connaissais pas. Il sait très bien ce qu'il fait (Bowie sait toujours ce qu'il fait), pendant sa pénitence à Berlin avec Brian Eno, à essayer d'oublier les années cocaïne. Vous voilà loin de la fête. Le monde ne tourne pas rond, le rock encore moins, la révolte gronde. Trop fatigués pour suivre le mouvement, vous préférez prévoir la suite : le désappointement. Désabusés à vos âges, pas si vieux pourtant, mais ayant brûlé toutes les chandelles.

Autant l'enregistrer. Bowie fait des merveilles, tu écris les paroles les plus sincères que tu écriras jamais, vidant ton sac sur l'ultime Dum Dum Boys, vous créez un son paranoïaque, enfermé et rampant, tandis que ta voix semble voilée. C'est la voix d'un homme en cage, prisonnier de ses démons, qui court tout au long de ce disque charnel, ne se libérant que rarement (China Girl, tu l'aimais, cette fille, bordel), préférant se moquer de ses anciennes poses plutôt que de les célébrer (Nightclubbing, j'en ris encore).

Il faut en finir. Tirer un trait ? Conclure ? Ouvrir ? Huit minutes de musique industrielle avant l'heure mettra tout le monde d'accord. Ceux qui vous prenaient pour des dangers, des malades psychopathes, y trouveront de quoi alimenter leur fiel. Les autres, les bourgeons, y perdront leur naïveté. Mass Production. Bienvenue dans un monde de loisirs pour tous. C'est qui, l'idiot ?


mardi 5 août 2008

Mille douleurs



Tout amateur de rock connaît Steve Albini (au moins de nom, allez). Producteur entier et sans concessions, enregistrant toutes ses sessions live, il a apposé son nom à nombre d’albums références sortis durant les années 90. Voilà pour le côté face, celui du C.V. et des relations de boulot.

Comme souvent, comme pour les collègues, le côté pile se révèle bien plus intéressant. Car Albini a bien évidemment monté ses propres projets, qui ne ressemblent que de loin aux groupes dont il a façonné le son le temps d’un album. Pas de merchandising en concert, un humour à toute épreuve, des besoins logistiques minimaux (deux amplis à lampe, une basse, une guitare, une toute petite batterie, deux micros, en gros), aucune gestion de l’image (y compris pour les fringues), une distribution confidentielle des albums (leur premier, At Action Park, n’étant pressé qu’en vinyle lors de sa sortie), mais surtout, bien sûr, une musique hors normes.

C.V. musical de Shellac : une batterie métronomique et puissante, des riffs de basse saturée hypnotiques mais néanmoins dansants, une guitare libre et grinçante, un chant parlé la plupart du temps, des titres courts. Cf. Joy Division, Fugazi, Melvins, punk, hardcore.

Ce serait encore oublier le côté face. Les titres peuvent s’allonger, les cordes dissoner à la limite de l’audible, la structure se perdre. Puis la combinaison des trois s’érige en mur sonore, tangue, applique son vernis consciencieusement avant d’entrer dans le sujet. Cf. Slint, Sonic youth, les quatre premiers The Cure.

Mille douleurs, parce qu’il faut bien commencer. Avant de foncer sur leurs trois autres disques, 1000 Hurts propose un condensé de toutes les faces de Shellac, avec titres accrocheurs à la clé. Ca aurait pu être le début de la fin. Mais non. Ce n’est que le début de la reconnaissance de Shellac, et non plus du-groupe-de-Steve-Albini, aux albums désormais faciles à se procurer. Je vais peut-être pouvoir trouver un T-shirt.



jeudi 31 juillet 2008

Menteurs


Je n'avais pas suivi Liars depuis leur premier album en 2001, enregistré en deux jours et se terminant sur une piste d'une hypnotique demie-heure, circulaire et répétitive. Apparemment, ils ont depuis transgressé les limites, deux fois, dans des albums difficiles d'accès.

Or rien de tout ça ici. Le trio se fait plaisir : il joue. Il se la joue tour à tour punk, Beck, Jesus & Mary Chain, pour conclure par un piano envoûtant et plombant, gluant comme un espresso trop matinal. Le temps que la caféine fasse effet, l'album est terminé, hein, j'ai pas compris, pourtant il me semblait bien avoir entendu un truc pêchu au milieu - bon je le remets. Reparti pour 43 minutes.

Loin des constructions alambiquées, le disque dégage pourtant un malaise palpable, la patte des Liars, habiles à plonger leur auditeur dans leur univers pourtant varié. Par moments l'hypnose reprend ses droits, à d'autres ce sont les guitares crunchy propices aux déhanchements (ou aux détêtements si on est assis), parfois le décor disparaît. J'étais bien en voiture ou je suis chez moi, déjà ?

Liars. Evidemment. Ils triturent les esprits avec candeur, et sous les formes classiques de ces nouvelles compositions, leur assemblage ressemble à une peinture de M.C. Escher : simple, claire, normale. Et pourtant impossible. Une piste m'était même offerte, en gros, sur la pochette, avec ce plafond transformé en sol. Depuis, j'essaie de trouver la clé de cet édifice trop propre sur lui. Pauvre de moi.


mercredi 30 juillet 2008

Flyin' high (in a friendly sky)



Chris Whitley était un type un peu bizarre. Échappant à toute tentative hâtive d'étiquetage, le genre fuyant, quoi. Le texan, après quelques années passées en Belgique à participer à d'obscurs groupes new-wave, s'était fait connaître en 1991 avec Living With The Law, un album country-folk-rock coproduit par Daniel Lanois (vous savez, le cajun copain de Bono). Un beau succès d'estime qui valut à Whitley d'être considéré comme "the next big thing" aux yeux des porteurs de Stetson, qui voyait en lui un mec un peu plus authentique et talentueux que Garth Brooks (haha).

Mais voilà, quand on aime à la fois Woody Guthrie et Kraftwerk, on peut pas devenir le nouveau Willie Nelson. Refusant d'être coincé dans un style bien défini, Whitley brouillera les cartes sur ses quatre disques suivants, oscillant entre un son plus agressif ou au contraire des titres bien plus dépouillés (et sur lesquels, je reviendrai p'tet lors d'un prochain billet).

Ce Rocket House, 5ème opus studio sort en 2001. Et c'est encore une sacrée surprise. Avec des invités aussi divers comme Bruce Hornsby ou Dj Logic, le grand blond balance un disque bien plus aérien (voire presque ambiant par moments, si cet adjectif voulait bien dire quelque chose). Presque plus de soli de guitare, de longues plages atmosphériques, un long final aux tablas, le choc est rude. Pourtant qu'on ne s'y méprenne pas, Whitley reste avant tout un bluesman mais l'emballage est différent. Et pour le coup, assez enthousiasmant. L'album cherche (Rocket House), explose (To Joy) ou contemple (Little Torch) mais jamais de manière stérile. L'effet recherché est souvent l'hypnose (vous avez dit psychédélique ?), les titres proposant souvent le même thème répétitif sous une avalanche de sons triturés. Je rassure le néophyte, ce n'est pas un album expérimental, mais la prise de risque était bien réelle.

Ce qui m'amène au seul défaut du disque. Il est assez difficile de le pénétrer et nécessite quelques écoutes attentives pour en percer les mystères. Mais bon hein, la musique, ça n'est pas qu'un bien de consommation immédiat (y'a le dernier album de Carla Bruni pour ça si vous voulez). Et cette maison fusée saura toujours récompenser ses hôtes fidèles.

En bonus, une vidéo de Rocket House live (parce que vous le valez bien)



- Youri Gagarine Rainbow

Animation suspendue


Les quelques instants qui séparent la prise en main de la lecture de ce disque ressemblent étrangement, même pour le plus aguerri des amateurs de Mike Patton, à ceux qui précèdent la roulette du dentiste, alors que le patient est sommé de se détendre dans un fauteuil toujours inquiétant. Offert et sans défense, pire que tout : consentant. Il a beau y être préparé et même – pour les plus tordus d’entre nous – heureux de s’y mettre, il le sait : ça va faire un peu mal. Puis passent les deux premiers titres, qui ne totalisent pas plus de quatre minutes de mise en bouche, arrive le 03 avril (parce que j’ai oublié de vous dire, chaque morceau porte une date du mois d’avril 2005, ne me demandez pas pourquoi, ces artistes et leurs concepts étranges), c’est le moment de se rincer, de laver les affronts subis, pour mieux y retourner. Consentant mais désormais éprouvé, l’auditeur peut enfin s’abandonner et apprécier.

Enfin, apprécier, bien sûr, mais seulement s’il a assez d’ouverture pour ingurgiter ces trente courtes pièces qui mélangent métal et bande-son de cartoons (période Tex Avery en forme). Courtes, mais aiguisées, ciselées, pensées, en un mot : professionnelles. Buzz Osborne, le guitariste de ce super groupe ici présent que j’ai également oublié de nommer, à savoir Fantômas (super groupe car composé de super musiciens venus de super autres groupes), donc, Buzzo, qui n’est pourtant pas le genre de guitariste à craindre la première tentative de déconstruction enregistrée venue, a lui-même failli fuir la salle d’attente de l’enregistrement de ce Suspended Animation. Grand perfectionniste, Patton a constamment remis ses idées sur la sellette, pour aboutir à l’opposé du précédent album, ce Delirium Corda, tout aussi extrême, composé d’une angoissante piste atmosphérique de cinquante-cinq minutes.

Et puisque l’album forme un calendrier, autant l’illustrer. C’est le talentueux Yoshitomo Nara qui enveloppe ce travail de longue haleine, réussissant pour la première fois à ôter le noir d’une pochette de Fantômas, rendant très justement la gaieté relative du contenu. Sorti du fauteuil inquiétant, après avoir été malmené joyeusement par de petites lames roses et vives comme Beep-Beep (pardon, le Road Runner), l’auditeur se trouve requinqué. Ou cotonneux. Tout dépend de son adaptabilité.





lundi 28 juillet 2008

Surfant sur un steak


Avertissement : les lignes qui suivent n’ont aucun degré d’objectivité. J’ai beau retourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas comment me détacher de l’histoire que cet album a écrit dans mes vieilles pages. Il n’est pourtant pas le seul. A cette époque, que je peux étirer entre 1994 et 1997, nombre de disques de qualité furent publiés, y compris par de nouvelles têtes marquantes.

Alors pourquoi celui-ci engendre-t-il plus de nostalgie ? Pourquoi fait-il à la fois office d’atout et de roi de cœur ?

Sans doute parce qu’à cette époque dominée par la noisy, il affirme nos goûts et confirme nos avis. Après un album lumineux (Never So Close, fortement typé Anglais qui pleure sur ses Docs), les Welcome (pardon, Welcome To Julian, décidément) partent pour New-York se faire produire par Nick Sansano, le metteur en son de Sonic Youth et de Public Enemy. Ah ah, exit la noisy. L’album se frotte aux grands, sonne parfois rap, parfois folk, se permet d’être violent, sec, efficace, direct, groovy. « Se permet » car sur cet ultime disque, Welcome To Julian ne s’embarrasse pas de l’humilité souvent mal placée des groupes français. Avec raison. Aucun titre n’est faible ou maladroit. En suivant Sloy et les Thugs dans ce disque urbain et métallique, ils conservent néanmoins leur clarté.

Sans doute aussi parce que leurs concerts sont à la hauteur de leurs compositions. Ils nous motivent, deviennent des exemples. D’ailleurs ne tournent-ils pas avec leurs amis les Little Rabbits, le groupe qui a bercé nos premières grilles de guitare ?

Enfin, sans doute parce que ce Surfing On A T-Bone n’arrête pas de tourner et s’imprimera ainsi indélébilement dans notre vie. Bonus : malgré les années, il ne vieillit pas.


vendredi 25 juillet 2008

Dans l'utérus


Longtemps que je n'avais pas réécouté mon Nirvana préféré. Que ça fait du bien. Pourquoi In Utero surpasse allégrement Nevermind ? Parce qu'il est plus varié et cependant plus cohérent. Nevermind aligne les titres comme des tubes, mais attention hein, de bons tubes (On A Plain, c'est du sérieux), alors que In Utero creuse, cherche, tente de rassembler les Melvins et Robert Johnson, les Beatles et Sonic Youth. En voilà un vrai album : un début, un milieu, une fin, des moments forts, des moments calmes, sous une seule volonté : tout donner.

Le choix de Steve Albini à la production se montre payant. Qui d'autre aurait pu capter l'énergie de ces trois punks ? En laissant les pics, les trucs qui dépassent, au lieu de les lisser, il offre à Cobain le son dont Nirvana avait besoin pour cotôyer ses modèles. Paradoxalement, on trouve du violoncelle, judicieusement placé lui aussi : il supporte All Apologies tout en ajoutant à la discorde des paroles.

J'aurai aimé un autre album après celui-là. Sûr qu'il aurait poussé l'expérimentation. Sûr qu'il aurait invité Beck et Thurston Moore, pour enregistrer des cassettes en train de fondre, tout en jouant sur une note, comme lui aurait soufflé Brian Eno, tandis que Buzz Osbourne aurait joué du larsen : de la guitare sans les mains. Il se serait appelé De Profundiis. Il aurait libéré le chanteur, assagi le batteur, il aurait été violemment rejeté par nombres de journaux, il aurait fait soulever l'enthousiasme d'autres publications. Il manque un album, au moins un.

- Jyrille

Contre-avis
Le problème avec Jyrille, c'est qu'il écrit ses chroniques sous l'influence d'une substance altérant l'esprit (composée de trois lettres mais je sais plus lesquelles, MST ou NRJ). Rien que l'idée d'un album produit par Eno avec Osbourne et Beck en guests fait froid dans le dos, mais passons.

Surtout que Jyrille a raison, In Utero est le meilleur opus du trio braillard. Pourtant, ce disque est foireux, bancal, mal fichu. Le pire y cotoîe le meilleur sans gêne aucune. Pour une merveille de nervosité hérissée (Radio Friendly Unit Shifter, probablement le meilleur titre qu'ait composé Cobain), faut se fader un tourette's ou un Scentless Apprentice (bordel, une chanson tirée du Parfum, vous savez là, le bouquin chiant de Süskind), imbuvable malgré les efforts de Dave Grohl. Et si Serve the Servants voit le combo bluesifier son discours, Very Ape ou Milk It ne sont que des redites inintéressantes.

En étant généreux, la moitié du disque se tient. Après tout, c'est toujours plus que Bleach ou Nevermind (Incesticide étant une compilation, il ne peut être jugé comme un album en soi). On saluera la tentative de renouvellement mais il est permis de préférer d'autres groupes de la même époque plus talentueux.

Disclaimer : Pour les fans de Kurt, les messages d'insultes à mon égard sont à rédiger dans les commentaires. Merci

- Intrautérine Rainbow


Armatures


Voilà un patronyme qui donne correctement le ton : Oceansize (la taille de l’océan). On sait que là, soit il s’agit de pure prétention affichée, choisie comme un nom de personnage dans Donjons et Dragons (les affres de l’adolescence, les jeux de rôles à pseudo-vivre avant d’oser demander à Karine si elle veut bien sortir avec moi), soit il provient d’une caractéristique, musicale ou littéraire, qui démarquerait le groupe de la masse. Pas facile. Bon, les gars, on fait des titres de dix minutes, on essaye de monter la sauce sur la fin, certaines intros ne seraient pas reniées par Robert Smith, et si on s’appelait King Cure ? Nan ? La mer ? Mmmh, on tient ptêt un truc…

Car les vagues de ce Frames semblent ne jamais échouer ; alors oui, bien vu les gars. Au-delà d’un rock progressif qui aurait pris comme unique référence la carrière de King Crimson, qui s’efforce à rester moderne mais toujours dans un développement de thème, Oceansize intègre les boucles de guitares de Mogwaï à ses parties épiques, transformant Commemorative 9/11 T-shirt en longue intro, construisant Savant sur de menues lignes rythmiques pour terminer sur des cordes briseuses d’écume.


Ajoutés à quelques parties pêchues autour de vraies mélodies vocales, nous voilà devant de bien belles plages. Non pas assemblées à partir d’éléments divers formant un décor disparate (une épave par ci, des algues par là), mais façonnées par des remous réguliers et un vent changeant. Espérons qu’ils gardent le cap.


jeudi 24 juillet 2008

Drapeau rose


Punk. Ce mot merveilleux, dont la paternité reviendrait à Lester Bangs, ne semble être né que pour être déformé, tordu. Il est un réceptacle perpétuellement ouvert. Sa brièveté, après une décennie de délires flûtistes hippies, de rock progressif ampoulé, de jazz libre, de blues usés et de funks (tiens ?) interminables, coupe toute velléité pour foncer sur l’essentiel (dunk ! nan je déconne).

Pink. Le rose, couleur de toutes les transgressions, montée fièrement en drapeau sur la pochette (aussi froide que la musique qu’elle recouvre), annonce un punk arty. Ici, les onetwofreefour popularisés par Joey Ramone sont scandés en français, les refrains disparaissent, les titres peuvent descendre sous la minute, c’est comme ça, on a une idée, on va pas la faire durer sur quarante-huit mesures, punkt.


Arty (ou intello, ou avant-gardiste, c’est selon) n’est, ici, pas un vain mot. En bons Anglais élevés aux Beatles, Wire tire des mélodies imparables (Fragile ou Ex Lion Tamer), mais pas que. Ils inventent la noisy (Pink Flag), invitent Television et le Velvet Underground (Strange), précèdent la cold-wave (Lowdown), multiplient les riffs parfaits (Three Girl Rhumba).


Mais comme tous les grands disques, il ne se délivre pas à la première écoute. Même si ils ne s’étendent que sur trente-cinq minutes, les vingt-et-un moments (peut-on parler de « chanson » ou de « morceau » lorsqu’une intro puis qu’un couplet forment un titre ?) qui fondent ce premier album demandent à être compris avant d’être chéris. Ni vraiment punk, ni vraiment pop, l’expérimentation de Pink Flag ouvre des brèches. Ce disque est donc essentiel. Point.


mercredi 23 juillet 2008

Au coin


Les vacances. Vous avez posé les bagages, rempli le frigo, organisé les chambres, préparé la bouffe, c’est l’heure de l’apéro près de la piscine. Pour pouvoir tranquillement discourir et raconter des conneries, On the Corner s’installe en bande-son festive. Lorsque soudainement, les percussions métalliques et la guitare funky de John McLaughlin donnent envie de se trémousser, entre verres et éclats de rire. Quelqu’un dit GPS. C’est quoi déjà ? La nuit tombe, personne ne s’en aperçoit, une énergie inconnue s’empare de toute la bande, à la fois moite et précise, tranchante et pourtant humide, chaude, moelleuse.

Une pause clope s’impose. Ca tombe bien, ces tablas qui déboulent en introduction de Black Satin. Mais bon, l’heure est à la fête, c’est reparti pour une mélopée endiablée, sortie d’un rite vaudou, la magie empeste, en moins de temps que l’idée ait germée, vous vous retrouvez à patauger en slip. Aucune importance, tout le monde en est là.
D’où provient cette insouciance terrible, qu’arrive-t-il à mes muscles ? Comment James Brown a-t-il perdu la voix, transformée en plainte cuivrée, étendue à l’infini, rebondissant sur un rythme faussement régulier ?

Le disque est fini depuis longtemps. Pourtant il résonne encore. Il encercle la table, il tape au creux du ventre, il a pris le pouvoir, il fait copuler le blanc, l’indien, l’africain, la rue, le club, la fumée, la viande, le cri, le métal. Sans aucun heurt.

Au retour, On the Corner re-tourne sur une platine quelconque. Révélation : Miles fait revenir l’été. Il l’a capturé.